“It’s that time of the year” que je redoute toujours un peu: le retour du Liban.
jeudi 27 août 2026
Le mal du pays
samedi 4 juillet 2026
Les héroïnes du quotidien
Ce matin, je me suis réveillée tôt. Comme chaque jour, j’ai suivi mon petit rituel presque instinctif : préparer mon café, profiter du calme encore présent, puis allumer mon téléphone, resté en mode avion toute la nuit. C’est un moment que j’aime, cette transition douce entre le silence de la nuit et le monde qui recommence à exister.
À peine l’écran
s’est-il illuminé qu’un message m’attendait. Ma femme de ménage m’écrivait pour
me prévenir qu’elle ne pourrait pas venir travailler aujourd’hui. (Je sais déjà
que certains s’arrêteront sur le fait que j’aie une employée de maison… mais ce
n’est pas le sujet.) Ce simple message, en apparence anodin, était accompagné
de photos !
Des photos que je
n’oublierai jamais.
Son visage tuméfié.
Son corps marqué. Les traces de la violence d’un homme qui, une fois de plus,
avait levé la main sur elle.
Son “crime” ? Ne pas
avoir voulu lui donner l’argent de son salaire.
Le salaire qu’elle
gagne à la sueur de son front.
Le salaire qui sert à
nourrir son petit garçon de 7 ans. Le salaire qui permet à sa mère et à sa sœur
malade de survivre.
Le salaire qui, pour
elle, n’est pas un luxe, mais une question de dignité et de survie.
Et pourtant, c’est
elle qui a été frappée. Humiliée. Terrorisée.
Ce n’était pas la
première fois. Et c’est peut-être cela qui m’a le plus bouleversée. Parce que
derrière les coups d’aujourd’hui, il y a tous ceux d’hier. Et la peur de ceux
de demain.
Comment peut-on s’en
prendre à une femme qui porte déjà le poids de tant de responsabilités ?
En lisant son
message, une autre femme m’est revenue en mémoire.
Une femme que je ne
connaissais pas encore à l’époque. Une femme qui, depuis, est devenue une amie.
Lors de notre toute
première rencontre, avant même que nous ayons eu le temps de parler de tout et
de rien, elle m’a raconté son histoire. Ou plutôt, son combat.
Chaque semaine, elle
court d’un cabinet d’avocat à un tribunal, d’une audience à une autre, dans
l’espoir d’obtenir ce qui devrait pourtant être un droit fondamental : pouvoir
nourrir dignement ses cinq enfants.
Pendant des années,
elle avait construit sa vie avec un homme qui, aux yeux de tous, semblait
irréprochable. Une situation confortable, un poste à responsabilités au sein
d’une organisation internationale, une image respectable. Derrière cette
façade, selon ce qu’elle m’a confié, se cachait une tout autre réalité.
Lorsqu’il l’a
quittée, il ne lui a pas seulement brisé le cœur. Il l’a laissée sans
ressources. Elle m’a raconté avoir perdu la maison, la voiture, la pension
alimentaire… tout ce qui permettait à ses enfants de vivre avec un minimum de
stabilité. Elle m’a aussi confié avoir subi des menaces répétées, notamment
celle de voir ses enfants privés d’école.
Aujourd’hui encore,
pendant que certains reconstruisent leur vie en quelques mois, elle consacre la
sienne à se battre devant les tribunaux pour obtenir le strict minimum auquel
ses enfants devraient avoir droit.
Deux femmes.
Deux histoires.
Deux formes de
violence.
L’une porte les
cicatrices des coups. L’autre celles d’une violence plus silencieuse,
économique, psychologique, judiciaire. Dans les deux cas, ce sont des femmes
qui se lèvent chaque matin avec une seule obsession : protéger leurs enfants,
les nourrir, les éduquer, leur offrir un avenir, malgré tout.
Ces femmes sont les héroïnes
du quotidien.
Elles ne demandent ni
privilèges, ni compassion.
Elles demandent
simplement ce qui devrait être une évidence : le droit de vivre en sécurité, le
droit d’être respectées, le droit d’élever leurs enfants dans la dignité, le
droit de ne pas avoir à se battre chaque jour pour ce qui leur revient de
droit.
Parler des droits des
femmes ne signifie pas être contre les hommes. Bien au contraire.
Parce qu’il existe
aussi des hommes extraordinaires. Des pères présents. Des maris aimants. Des
frères, des fils et des amis qui comprennent que la force d’un homme ne se
mesure ni à son autorité, ni à son pouvoir, mais à sa capacité à protéger sans
dominer, à aimer sans posséder, à respecter sans condition.
Ces hommes-là ne sont
pas menacés par les droits des femmes. Ils les défendent, parce qu’ils savent
qu’une société ne grandit jamais en écrasant ses femmes, mais en leur
permettant de se tenir debout, aux côtés des hommes, dans le respect, la
justice et l’égalité.
Le combat pour les
droits des femmes c’est un combat contre la violence, contre l’injustice et
contre le silence.
Et c’est un combat
qui devrait être celui de chacun d’entre nous.
jeudi 21 mai 2026
Tout s’achète, même un traumatisme
L’autre jour, Le Sabi m’a appelé, pendant que j’attendais mon tour chez la police d’arrondissement pour déposer une plainte.
mercredi 18 mars 2026
Ce qui reste quand tout cède
J’ai décidé de commencer cet article dans l’avion qui m’emmène de Beyrouth à Athènes, en Grèce, le jeudi 05 Mars 2026, assise entre mon homme et ma fille.
J’ai décidé d’écrire
pendant que je fuis mon pays natal qui est sous les bombardements, pendant que
le flot de larmes coule de mes yeux ensanglantés, pendant que mes émotions
chamboulent entre angoisse, réconfort, haine et tristesse.
Ce n’est pas la
première fois que je quitte mon pays dans un état pareil, ce n’est pas la première
fois que je vis la guerre et ce n’est pas la première fois que je pars avec la
douleur du doute de ne pas, éventuellement, revoir ma famille!
Assise dans l’avion,
regardant par la fenêtre les fumées des bombes s’éloigner, je n’ai pas pu
m’empêcher de penser à P., ce client scénariste et producteur hollywoodien qui,
dès le début de ma mission avec lui, m’avait décrit sa relation avec
l’entreprise de gros oeuvre comme une histoire toxique- celle d’une femme qui
reste avec son mari même lorsqu’il la bat, persuadée qu’un jour tout ira mieux,
s’infligeant la douleur sans jamais partir.
Sur le moment,
l’image m’avait marquée. Aujourd’hui, elle me hante. Parce que c’est exactement
cela: une relation avec un psychopathe narcissique - il te détruit de l’intérieur,
te vide, puis te laisse croire que tout est de ta faute.
Et en regardant ces
fumées disparaître lentement derrière moi, j’ai compris… que c’est aussi ma
relation avec mon pays!
Aujourd’hui je
continue cet article, avec du recul et l’envie de ne pas écrire un énième
article sur la guerre, ni sur comment je vis cette réalité émotionnelle
particulière: je me réveille en vérifiant les informations et m’endors en
faisant la même chose, parce que quand ma famille est là-bas, les nouvelles
deviennent la seule façon de savoir si ceux que j’aime vont bien. Ni comment je
vis avec cette anxiété constante, cette culpabilité, celle d’être physiquement
en sécurité et cette forme d’engourdissement, comme si, à force de vivre
l’invivable, le corps décide de couper et apprends à ressentir moins, moins
fort, moins souvent, presque plus du tout.
Cette forme d’absence
de réaction… elle, ressemble à une forme d’abandon intérieur. Alors je navigue
entre plusieurs états:
Celui d’être ici, en
sécurité.
Celui de boire un
café pendant que là-bas, on compte les frappes.
Celui de rire parfois
et de s’en vouloir immédiatement après.
Comme si le simple
fait d’aller bien devenait une trahison.
Mais la vérité, c’est
que partir ne coupe rien. On ne quitte pas un pays, on le porte, partout, tout
le temps. À des milliers de kilomètres, il continue de bruler quelque part en
nous!
Ce pays qui fait de
moi qui je suis a façonné mon caractère, mon moi, ma personnalité et ce qui a
fait qu’à mon retour à Marrakech… quelque chose m’attendait: un accueil, une
chaleur simple, presque désarmante, Humaine!
Ma fille est
retournée à l’école après une semaine d’absence. Elle a été accueillie comme la
survivante d’une guerre avec accolades, joie des retrouvailles, figh fives,… Ils
étaient simplement heureux de la retrouver.
Le soir en partageant
cela avec moi, elle m’a demandé si moi aussi j’ai eu droit à des accolades sur
le chantier.
Pour moi, ils étaient
tous là. Heureux, vraiment.
Si Hassan, Yassine et
Moustapha… ne pouvaient pas me prendre
dans leurs bras pour des raisons de culture, ramadan ou de pudeur, je voyais
leur joie dans leurs expressions, leurs yeux, leurs regards, dans ce soulagement
sincère, presque palpable. Et ça suffisait à tout dire.
Et puis, il y avait
aussi Nyko, Doro, Javier… et là c’était des accolades, du bruit, de la chaleur,
une autre manière d’aimer, tout aussi forte.
Les amis aussi étaient
là, présents, d’une autre manière. Pas dans le bruit ni dans les embrassades
mais dans une présence continue, discrète et essentielle via des messages
quotidien, du soutient moral, de l’inquiétude.
Des messages chaque
jour, parfois simples comme « tu es arrivé ? », « ca va
aujourd’hui ? », « ta famille va bien ?» Sur
instagram ou par whatsapp. Des messages parfois plus longs, remplis de mots
qu’on ne sait pas toujours recevoir sans trembler. Des appels manqués suivis de
« rappelle-moi quand tu peux », des silences respectés quand il n’y
avait plus la force de répondre.
J’ai été profondément
touchée par ces amis qui m’entourent, par leur amour, par cette inquiétude constante, jamais pesante, et par
cette amitié sincère, bouleversante et touchante, comme un fil invisible qui ne
lâche pas, même quand tout autour semble céder.
Même après une guerre
qui semble avoir emporté avec elle le droit international, la justice et
jusqu’à l’idée même de l’humanité, il reste ces gestes là, discrets mais assez
puissants pour contredire le reste.
Dans tout ça, j’ai
retrouvé quelque chose que la guerre n’a pas réussi à m’enlever et que j’apprécie au plus profond de moi.
Parce que dans les
regards, dans les silences, dans ces gestes imperceptibles du commun des
mortels, il subsiste encore quelque chose qui résiste : une amitié
sincère, un reste d’amour, brut, fragile et tenace. Et parfois, c’est tout ce
qu’il faut pour continuer à tenir et ne pas se perdre.
lundi 24 novembre 2025
Indépendance ou Renaissance
Ca fait maintenant quelques mois que, quand je demande à mon fils ce qu’il est entrain de faire, il me répond : « j’écris des essais en guise de devoirs. » Et quelques part, cette phrase a réveillé en moi l’envie de me remettre devant mon blog, de recommencer à écrire, moi aussi.
Ces dernières
semaines, la surdose de médicaments et d’antibiotiques a altéré mes sens.
Mes émotions passaient à travers un filtre étrange, comme déformées, déplacées,
amplifiées.
Et puis est arrivée
la fête de l’indépendance du Liban, ce weekend, un déclencheur qui a touché une
corde sensible, un frisson qui m’a traversé d’un coup, comme si un pan entier
de ma mémoire se réveillait. Et comme pour accentuer encore ce vertige, j’ai
commencé à installer le sapin de Noel. Ses lumières chaudes, mêlées à la
nostalgie d’une fête nationale célébrée loin de chez moi, ont tout ravivé, ont réveillé
une nostalgie douce et douloureuse à la fois. Tout s’est entremêlé : la
fatigue, les sentiments, les silences, les manques, l’éloignement, mes frères
que je vois à travers des calls, l’amour du pays, les souvenirs accrochés aux
branches du sapin….. Je me suis retrouvée prise dans un mélange doux-amer, entre
la lumière du sapin et l’ombre de mon pays, entre ce que j’ai quitté et ce que
je construis. Un tourbillon qui m’a poussé à me questionner, à revisiter qui je
suis, d’où je viens et ce que je deviens.
Depuis quelque temps,
ma vie ressemble à un patchwork émotionnel : les fêtes que j’invente, ces
traditions que je rafistole, un peu du Liban, un peu de la France, un peu d’ici….
Comme si je cousais des morceaux d’identité pour me donner, à moi et ma
famille, un « chez nous ». Mais parfois, même ce mot – chez moi - devient flou.
Et c’est justement dans
ces flous que s’invite la peur. La peur de perdre ce qui m’a construite, la
peur que tout se dilue, que mes repères glissent entre mes doigts. La peur de
ne pas donner assez de racines, de laisser mes enfants flotter entre deux
terres comme moi. La peur que ce « entre-deux » devienne un vide au
lieu d’un pont.
Je me tiens souvent
entre deux mondes : à la fois trop loin d’où je viens et pas complètement
ancrée là ou je suis, en tant que femme et surtout en tant que mère.
Les appels vidéo ont
remplacé les grandes tables familiales, mes enfants apprennent à aimer des visages
qui vivent dans un écran, à rire et s’émerveiller d’instants capturés dans la
lumière d’une caméra. Egalement, pour mes neveux et nièces, je suis cette « tata
à distance » celle qui ne traverse leur quotidien qu’un mois par an, mais
dont la folie et les éclats de rire sont pleinement partagés à travers des
pixels.
Elever des enfants
entre deux cultures, dans un pays tiers qui n’a façonné aucun de nous deux, c’est
marcher avec délicatesse sur un fil invisible. C’est se sentir déracinée et
pourtant entrain de pousser ailleurs. C’est perdre quelques repères pour en
créer de nouveaux, rien qu’à nous :
Je leur apprends des
mots que mes voisins ne comprennent pas.
Je cherche les miens
parfois perdus dans le coin de ma mémoire.
Je traduis mes
émotions plus souvent que mes phrases.
Mon accent change
selon les jours : il s’adoucit dans une langue et s’alourdit dans l’autre.
Les chansons de mon
enfance résonnent autrement.
J’ai envie de plats
que personne ici ne sait préparer.
Et mes enfants,
peinent à imaginer les coutumes, les repas, les rires et les histoires que moi
j’ai connus autrefois, des fragments de vies que je leur raconte à travers des
éclats de souvenirs et de gestes.
Mes enfants, sur leurs
chemins, ramassent des gestes, des habitudes, des éclats de vies qui ne
viennent ni totalement de moi, ni totalement d’ici. Ils tissent un peu de
chaque monde dans leur manière d’être, un mélange fragile et beau, comme si une
terre qui n’est pas vraiment la mienne devenait doucement la leur.
Et puis, le lendemain,
ça te frappe : Ce que je vis n’est pas une crise d’identité. C’est une
renaissance, pour moi et pour eux.
Se perdre un peu, se
retrouver autrement. Apprendre que l’entre deux n’est pas un vide, mais un
espace à inventer. Que l’amour, lui, n’a ni frontières ni fuseaux horaires. Qu’il
se tisse dans chaque rire partagé, chaque mot inventé, chaque souvenir
transmis. Et dans ce va-et-vient entre ce qui a été et ce qui devient, nous
trouvons notre place. Notre fil. Notre magie.
jeudi 11 septembre 2025
Démission du Gouvernement
Hier, autour d’un café avec les habitués libanais de mon restaurant, on papote comme à notre habitude quand un ami reçoit un appel téléphonique, il se lève brusquement, l’air grave, comme si l’Élysée l’appelait en urgence.
Silence autour de la table… On s’attendait presque à voir débarquer des gardes du corps.
« C’est
sûrement le gouvernement », glisse quelqu’un en riant. Chez nous cette expression
est utilisée quand la femme de quelqu’un l’appelle.
Finalement,
ce n’était qu’un appel du boulot. Mais cette petite phrase a lancé la
discussion…
Un ami,
moins familier avec l’expression, me regarde et demande :
-
« Et toi, tu n’as pas d’appel du gouvernement ? »
Un
autre lui répond du tac au tac :
-
« Mais c’est elle, le
gouvernement ! »
Alors là, non! Stop. Je rends le mandat.
Je ne
veux pas du tout ce titre.
Parce
qu’on va être honnêtes deux minutes : être « le gouvernement » à la maison, ça
veut dire quoi, exactement ?
Ca veut
dire que si la femme de ménages a fait un accident, si l'école se termine
exceptionnellement à midi, ou qu’un rdv de dernière minute s’ajoute à l’autre
bout de la ville… eh bien rien ne change à la journée et emploi de temps de monsieur.
Mais moi, en vrai, soyons clairs, pendant
ce temps, voici ma « mission gouvernementale » quotidienne :
– Oui,
le dîner est prêt : protéine, légumes et pas beaucoup de féculents.
– Oui,
les enfants sont récupérés (tous, en entier, même le cartable).
– Oui,
le chien est nourri (et pas avec les croquettes des enfants, attention).
– Oui,
les courses sont faites (et pas par Amazon, hein).
– Oui,
la machine est vidée (et la femme de ménage est à l’hôpital).
– Oui,
les shootings et posts Insta du resto sont prêts, filtrés, légendés,
sponsorisés.
– Oui,
j’ai relu mon dernier compte rendu de chantier.
– Oui,
j’ai relancé le menuisier, le BET fluides et l’acousticien (qui répondent plus
lentement que n’importe quelle administration).
– Oui,
la société tourne et les clients satisfaits.
– Oui,
l’apéro du samedi est organisé, avec olives, glaçons, playlist et même la
bougie anti-moustiques.
Et
j’arrête là parce que la liste est si longue qu’on dirait un inventaire à la
Prévert… sous stéroïdes.
Donc non, Merci.
Je ne
veux pas être « le gouvernement ».
Je ne
veux pas gérer les crises, faire les lois, organiser les sommets internationaux
ET préparer les tartines du matin.
Je ne
veux pas dormir « comme un bébé » – parce qu’un bébé, ça se réveille toutes les
deux heures.
Je veux
dormir comme mon mec : inconscient, serein, persuadé que tout roule… parce que
quelqu’un d’autre s’en est déjà occupé.
Alors à
mes amis, je dis : prenez le gouvernement, le ministère et même la République
si vous voulez.
Moi ? Je vise plus haut.
Je veux juste récupérer ma
liberté et être… la Touriste!
jeudi 10 octobre 2024
Périodes teintées
Ca fait plusieurs jours que j’ai mal au ventre et que je me demande si j’ai chopé le virus qui traine en ce moment au Maroc, mais aujourd’hui, je viens de comprendre que j’ai chopé le virus « boule au ventre » qui traine chez la diaspora libanaise, un mal que tout libanais a depuis que la guerre a commencé au Liban, un sentiment de contraste dévastateur entre la distance physique et l'intensité émotionnelle.
Un
comédien et acteur de mon pays a dit récemment « quand mon pays va mal, je
vais mal », il a bien décrit ce sentiment profondément ancré dans
l'empathie et l'identité personnelle. Il est bien vrai que lorsque mon pays
natal est sous les bombes, cette connexion devient encore plus intense surtout
depuis l’étranger : chaque explosion résonne en moi comme une douleur
lancinante. L'angoisse pour ma famille, sous les bombes, est omniprésente. Je
me sens à la fois impuissante et coupable. Coupable car je suis à l’abri. Les
nuits sont marquées par des cauchemars, et chaque appel manqué accentue le
sentiment d'isolement. Malgré la distance, l'amour et la peur se mêlent, créant
une lutte intérieure perpétuelle entre le désir de protéger, d’aider, de soutenir
et l'incapacité de le faire.
Chaque
jour, je ressens cette douleur palpable, cette inquiétude constante pour les
proches restés sur place et pour la terre qui m’a vu grandir.
Chaque
jour, je suis submergée par un flux incessant d’informations sur la guerre qui
ravage mon pays. Mon téléphone vibre en permanence avec des alertes, chaque son
déclenchant une montée d’adrénaline et une inquiétude sourde.
Chaque
jour, Mon esprit vit un orage chaotique, où chaque rapport sur la situation me
hante, me rendant difficile de me concentrer sur quoi que ce soit d’autre. Les
journées sont longues et les problèmes de chantiers, de climatisation, de rouge
ou de noir ne valent rien à mes yeux en ce moment.
Chaque
jour, Je lutte avec ce désir de rester informée, mais cette connaissance est un
cycle vicieux d’angoisse. Dans les moments de répit, même manger ou travailler
ne fait que raviver mes pensées, alors que j'attends désespérément des nouvelles
rassurantes de mes proches, de mes amis, de mes copatriotes dont la sécurité
m’inquiète profondément.
Chaque
nouvelle d'attaques ou de souffrances infligées à mon pays ravive un sentiment
d'impuissance et de tristesse. C'est comme si une partie de moi-même était en danger,
comme si la souffrance collective résonnait en moi.
Le
stress et l'anxiété deviennent des compagnons permanents, affectant ma santé
mentale et mon quotidien. Les souvenirs heureux de mon pays contrastent
cruellement avec la réalité actuelle, créant un sentiment de perte et de
nostalgie. Il est difficile de se sentir bien dans un monde où tant de gens
souffrent, dans un monde qui a perdu son humanité.
Chaque
jour, l'espoir d’un avenir meilleur se heurte au désespoir face à la réalité,
et je me sens enchaînée à cette souffrance collective qui éclipse ma propre
vie, qui me pousse à me demander s’il y aura un avenir pour mon pays, si je
vais perdre une partie de mon identité.
Hier,
Assise sur mon canapé, je ressentais chaque explosion comme une détonation dans
mon cœur. Mes pensées voguaient entre le présent et le passé, les histoires que
me racontaient ma mère quand j’étais jeune refont surface.
Elle me
racontait souvent ses souvenirs, ses nuits d’angoisse où elle s’accrochait à
son téléphone, espérant entendre la voix de ses proches, celle qui apaiserait
ses craintes. C’était juste après son mariage pendant la guerre civile de
1975-1976 quand elle a suivie son mari, mon père, en Arabie saoudite son pays
de résidence à l’époque, son lieu de travail. Elle me racontait comment les
journées s’étiraient, mélancoliques, ponctuées par l’angoisse d’un message,
comment la nourriture perdait son goût, chaque bouchée devenait un effort, un
rappel cruel de la vie qui continuait alors que la sienne semblait figée dans
l’attente. Aujourd’hui, c’est à mon tour de vivre cette douleur, de m'accrocher
à mon écran, guettant des nouvelles de mes proches au Liban, de ressentir la
même paralysie, la même impuissance, à des milliers de kilomètres de ceux que
j’aime.
Chaque seconde les messages des
amis qui veulent avoir des nouvelles de ma famille s’affichent sur l’écran, des
mots de soutien et de compatis, des messages d’amour et de désarroi
s’entremêlent avec les images de destruction et de chaos.
Les
collègues et les amis finissent toujours leurs messages par vous les libanais
vous êtes résilient, on admire votre résilience…. Oui mais nous on en a marre!
Nous avons déjà prouvé notre résilience à plusieurs reprises, nous avons gardé
les séquelles des guerres antérieures, de l’inflation, de la crise économique,
de la révolution et comme a dit une humoriste belge d’origine libanaise: nous
sommes les Héritiers de traumas intergénérationnels et pire encore….
