mercredi 18 mars 2026

Ce qui reste quand tout cède

J’ai décidé de commencer cet article dans l’avion qui m’emmène de Beyrouth à Athènes, en Grèce, le jeudi 05 Mars 2026, assise entre mon homme et ma fille.

J’ai décidé d’écrire pendant que je fuis mon pays natal qui est sous les bombardements, pendant que le flot de larmes coule de mes yeux ensanglantés, pendant que mes émotions chamboulent entre angoisse, réconfort, haine et tristesse.

 

Ce n’est pas la première fois que je quitte mon pays dans un état pareil, ce n’est pas la première fois que je vis la guerre et ce n’est pas la première fois que je pars avec la douleur du doute de ne pas, éventuellement, revoir ma famille! 

 

Assise dans l’avion, regardant par la fenêtre les fumées des bombes s’éloigner, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à P., ce client scénariste et producteur hollywoodien qui, dès le début de ma mission avec lui, m’avait décrit sa relation avec l’entreprise de gros oeuvre comme une histoire toxique- celle d’une femme qui reste avec son mari même lorsqu’il la bat, persuadée qu’un jour tout ira mieux, s’infligeant la douleur sans jamais partir. 

 

Sur le moment, l’image m’avait marquée. Aujourd’hui, elle me hante. Parce que c’est exactement cela: une relation avec un psychopathe narcissique - il te détruit de l’intérieur, te vide, puis te laisse croire que tout est de ta faute.

 

Et en regardant ces fumées disparaître lentement derrière moi, j’ai compris… que c’est aussi ma relation avec mon pays!

 

Aujourd’hui je continue cet article, avec du recul et l’envie de ne pas écrire un énième article sur la guerre, ni sur comment je vis cette réalité émotionnelle particulière: je me réveille en vérifiant les informations et m’endors en faisant la même chose, parce que quand ma famille est là-bas, les nouvelles deviennent la seule façon de savoir si ceux que j’aime vont bien. Ni comment je vis avec cette anxiété constante, cette culpabilité, celle d’être physiquement en sécurité et cette forme d’engourdissement, comme si, à force de vivre l’invivable, le corps décide de couper et apprends à ressentir moins, moins fort, moins souvent, presque plus du tout.

 

Cette forme d’absence de réaction… elle, ressemble à une forme d’abandon intérieur. Alors je navigue entre plusieurs états:

Celui d’être ici, en sécurité.

Celui de boire un café pendant que là-bas, on compte les frappes.

Celui de rire parfois et de s’en vouloir immédiatement après.

Comme si le simple fait d’aller bien devenait une trahison. 

Mais la vérité, c’est que partir ne coupe rien. On ne quitte pas un pays, on le porte, partout, tout le temps. À des milliers de kilomètres, il continue de bruler quelque part en nous!

 

Ce pays qui fait de moi qui je suis a façonné mon caractère, mon moi, ma personnalité et ce qui a fait qu’à mon retour à Marrakech… quelque chose m’attendait: un accueil, une chaleur simple, presque désarmante, Humaine! 

 

Ma fille est retournée à l’école après une semaine d’absence. Elle a été accueillie comme la survivante d’une guerre avec accolades, joie des retrouvailles, figh fives,… Ils étaient simplement heureux de la retrouver.

Le soir en partageant cela avec moi, elle m’a demandé si moi aussi j’ai eu droit à des accolades sur le chantier.

Pour moi, ils étaient tous là. Heureux, vraiment.

Si Hassan, Yassine et Moustapha… ne pouvaient  pas me prendre dans leurs bras pour des raisons de culture, ramadan ou de pudeur, je voyais leur joie dans leurs expressions, leurs yeux, leurs regards, dans ce soulagement sincère, presque palpable. Et ça suffisait à tout dire.

Et puis, il y avait aussi Nyko, Doro, Javier… et là c’était des accolades, du bruit, de la chaleur, une autre manière d’aimer, tout aussi forte.

 

Les amis aussi étaient là, présents, d’une autre manière. Pas dans le bruit ni dans les embrassades mais dans une présence continue, discrète et essentielle via des messages quotidien, du soutient moral, de l’inquiétude.

Des messages chaque jour, parfois simples comme « tu es arrivé ? », « ca va aujourd’hui ? », « ta famille va bien ?»  Sur instagram ou par whatsapp. Des messages parfois plus longs, remplis de mots qu’on ne sait pas toujours recevoir sans trembler. Des appels manqués suivis de « rappelle-moi quand tu peux », des silences respectés quand il n’y avait plus la force de répondre.

J’ai été profondément touchée par ces amis qui m’entourent, par leur amour, par cette  inquiétude constante, jamais pesante, et par cette amitié sincère, bouleversante et touchante, comme un fil invisible qui ne lâche pas, même quand tout autour semble céder.

 

Même après une guerre qui semble avoir emporté avec elle le droit international, la justice et jusqu’à l’idée même de l’humanité, il reste ces gestes là, discrets mais assez puissants pour contredire le reste.

Dans tout ça, j’ai retrouvé quelque chose que la guerre n’a pas réussi à m’enlever et que j’apprécie au plus profond de moi.

Parce que dans les regards, dans les silences, dans ces gestes imperceptibles du commun des mortels, il subsiste encore quelque chose qui résiste : une amitié sincère, un reste d’amour, brut, fragile et tenace. Et parfois, c’est tout ce qu’il faut pour continuer à tenir et ne pas se perdre.

 

 

lundi 24 novembre 2025

Indépendance ou Renaissance

Ca fait maintenant quelques mois que, quand je demande à mon fils ce qu’il est entrain de faire, il me répond : « j’écris des essais en guise de devoirs. » Et quelques part, cette phrase a réveillé en moi l’envie de me remettre devant mon blog, de recommencer à écrire, moi aussi.

Ces dernières semaines, la surdose de médicaments et d’antibiotiques a altéré mes sens. Mes émotions passaient à travers un filtre étrange, comme déformées, déplacées, amplifiées.

Et puis est arrivée la fête de l’indépendance du Liban, ce weekend, un déclencheur qui a touché une corde sensible, un frisson qui m’a traversé d’un coup, comme si un pan entier de ma mémoire se réveillait. Et comme pour accentuer encore ce vertige, j’ai commencé à installer le sapin de Noel. Ses lumières chaudes, mêlées à la nostalgie d’une fête nationale célébrée loin de chez moi, ont tout ravivé, ont réveillé une nostalgie douce et douloureuse à la fois. Tout s’est entremêlé : la fatigue, les sentiments, les silences, les manques, l’éloignement, mes frères que je vois à travers des calls, l’amour du pays, les souvenirs accrochés aux branches du sapin….. Je me suis retrouvée prise dans un mélange doux-amer, entre la lumière du sapin et l’ombre de mon pays, entre ce que j’ai quitté et ce que je construis. Un tourbillon qui m’a poussé à me questionner, à revisiter qui je suis, d’où je viens et ce que je deviens.

 

Depuis quelque temps, ma vie ressemble à un patchwork émotionnel : les fêtes que j’invente, ces traditions que je rafistole, un peu du Liban, un peu de la France, un peu d’ici…. Comme si je cousais des morceaux d’identité pour me donner, à moi et ma famille, un « chez nous ». Mais parfois, même ce mot – chez moi - devient flou.

Et c’est justement dans ces flous que s’invite la peur. La peur de perdre ce qui m’a construite, la peur que tout se dilue, que mes repères glissent entre mes doigts. La peur de ne pas donner assez de racines, de laisser mes enfants flotter entre deux terres comme moi. La peur que ce « entre-deux » devienne un vide au lieu d’un pont.

 

Je me tiens souvent entre deux mondes : à la fois trop loin d’où je viens et pas complètement ancrée là ou je suis, en tant que femme et surtout en tant que mère.

 

Les appels vidéo ont remplacé les grandes tables familiales, mes enfants apprennent à aimer des visages qui vivent dans un écran, à rire et s’émerveiller d’instants capturés dans la lumière d’une caméra. Egalement, pour mes neveux et nièces, je suis cette « tata à distance » celle qui ne traverse leur quotidien qu’un mois par an, mais dont la folie et les éclats de rire sont pleinement partagés à travers des pixels.

Elever des enfants entre deux cultures, dans un pays tiers qui n’a façonné aucun de nous deux, c’est marcher avec délicatesse sur un fil invisible. C’est se sentir déracinée et pourtant entrain de pousser ailleurs. C’est perdre quelques repères pour en créer de nouveaux, rien qu’à nous :

Je leur apprends des mots que mes voisins ne comprennent pas.

Je cherche les miens parfois perdus dans le coin de ma mémoire.

Je traduis mes émotions plus souvent que mes phrases.

Mon accent change selon les jours : il s’adoucit dans une langue et s’alourdit dans l’autre.

Les chansons de mon enfance résonnent autrement.

J’ai envie de plats que personne ici ne sait préparer.

Et mes enfants, peinent à imaginer les coutumes, les repas, les rires et les histoires que moi j’ai connus autrefois, des fragments de vies que je leur raconte à travers des éclats de souvenirs et de gestes.

 

Mes enfants, sur leurs chemins, ramassent des gestes, des habitudes, des éclats de vies qui ne viennent ni totalement de moi, ni totalement d’ici. Ils tissent un peu de chaque monde dans leur manière d’être, un mélange fragile et beau, comme si une terre qui n’est pas vraiment la mienne devenait doucement la leur.

 

Et puis, le lendemain, ça te frappe : Ce que je vis n’est pas une crise d’identité. C’est une renaissance, pour moi  et pour eux.

Se perdre un peu, se retrouver autrement. Apprendre que l’entre deux n’est pas un vide, mais un espace à inventer. Que l’amour, lui, n’a ni frontières ni fuseaux horaires. Qu’il se tisse dans chaque rire partagé, chaque mot inventé, chaque souvenir transmis. Et dans ce va-et-vient entre ce qui a été et ce qui devient, nous trouvons notre place. Notre fil. Notre magie.

jeudi 11 septembre 2025

Démission du Gouvernement

Hier, autour d’un café avec les habitués libanais de mon restaurant, on papote comme à notre habitude quand un ami reçoit un appel téléphonique, il se lève brusquement, l’air grave, comme si l’Élysée l’appelait en urgence. 

Silence autour de la table… On s’attendait presque à voir débarquer des gardes du corps.

« C’est sûrement le gouvernement », glisse quelqu’un en riant. Chez nous cette expression est utilisée quand la femme de quelqu’un l’appelle.

 

Finalement, ce n’était qu’un appel du boulot. Mais cette petite phrase a lancé la discussion…

 

Un ami, moins familier avec l’expression, me regarde et demande :

-       « Et toi, tu n’as pas d’appel du gouvernement ? »

Un autre lui répond du tac au tac :

-        « Mais c’est elle, le gouvernement ! »

 

 

Alors là, non! Stop. Je rends le mandat.

Je ne veux pas du tout ce titre.

 

Parce qu’on va être honnêtes deux minutes : être « le gouvernement » à la maison, ça veut dire quoi, exactement ?

Ca veut dire que si la femme de ménages a fait un accident, si l'école se termine exceptionnellement à midi, ou qu’un rdv de dernière minute s’ajoute à l’autre bout de la ville… eh bien rien ne change à la journée et emploi de temps de monsieur.

 

Mais moi, en vrai, soyons clairs, pendant ce temps, voici ma « mission gouvernementale » quotidienne :

– Oui, le dîner est prêt : protéine, légumes et pas beaucoup de féculents.

– Oui, les enfants sont récupérés (tous, en entier, même le cartable).

– Oui, le chien est nourri (et pas avec les croquettes des enfants, attention).

– Oui, les courses sont faites (et pas par Amazon, hein).

– Oui, la machine est vidée (et la femme de ménage est à l’hôpital).

– Oui, les shootings et posts Insta du resto sont prêts, filtrés, légendés, sponsorisés.

– Oui, j’ai relu mon dernier compte rendu de chantier.

– Oui, j’ai relancé le menuisier, le BET fluides et l’acousticien (qui répondent plus lentement que n’importe quelle administration).

– Oui, la société tourne et les clients satisfaits.

– Oui, l’apéro du samedi est organisé, avec olives, glaçons, playlist et même la bougie anti-moustiques.

 

Et j’arrête là parce que la liste est si longue qu’on dirait un inventaire à la Prévert… sous stéroïdes.

 

Donc non, Merci.

Je ne veux pas être « le gouvernement ».

 

Je ne veux pas gérer les crises, faire les lois, organiser les sommets internationaux ET préparer les tartines du matin.

 

Je ne veux pas dormir « comme un bébé » – parce qu’un bébé, ça se réveille toutes les deux heures.

Je veux dormir comme mon mec : inconscient, serein, persuadé que tout roule… parce que quelqu’un d’autre s’en est déjà occupé.

 

Alors à mes amis, je dis : prenez le gouvernement, le ministère et même la République si vous voulez.

Moi ? Je vise plus haut.

Je veux juste récupérer ma liberté et être… la Touriste!

 

jeudi 10 octobre 2024

Périodes teintées

 Ca fait plusieurs jours que j’ai mal au ventre et que je me demande si j’ai chopé le virus qui traine en ce moment au Maroc, mais aujourd’hui, je viens de comprendre que j’ai chopé le virus « boule au ventre » qui traine chez la diaspora libanaise, un mal que tout libanais a depuis que la guerre a commencé au Liban, un sentiment de contraste dévastateur entre la distance physique et l'intensité émotionnelle.

 

Un comédien et acteur de mon pays a dit récemment « quand mon pays va mal, je vais mal », il a bien décrit ce sentiment profondément ancré dans l'empathie et l'identité personnelle. Il est bien vrai que lorsque mon pays natal est sous les bombes, cette connexion devient encore plus intense surtout depuis l’étranger : chaque explosion résonne en moi comme une douleur lancinante. L'angoisse pour ma famille, sous les bombes, est omniprésente. Je me sens à la fois impuissante et coupable. Coupable car je suis à l’abri. Les nuits sont marquées par des cauchemars, et chaque appel manqué accentue le sentiment d'isolement. Malgré la distance, l'amour et la peur se mêlent, créant une lutte intérieure perpétuelle entre le désir de protéger, d’aider, de soutenir et l'incapacité de le faire.

 

 

Chaque jour, je ressens cette douleur palpable, cette inquiétude constante pour les proches restés sur place et pour la terre qui m’a vu grandir.

Chaque jour, je suis submergée par un flux incessant d’informations sur la guerre qui ravage mon pays. Mon téléphone vibre en permanence avec des alertes, chaque son déclenchant une montée d’adrénaline et une inquiétude sourde.

Chaque jour, Mon esprit vit un orage chaotique, où chaque rapport sur la situation me hante, me rendant difficile de me concentrer sur quoi que ce soit d’autre. Les journées sont longues et les problèmes de chantiers, de climatisation, de rouge ou de noir ne valent rien à mes yeux en ce moment.

Chaque jour, Je lutte avec ce désir de rester informée, mais cette connaissance est un cycle vicieux d’angoisse. Dans les moments de répit, même manger ou travailler ne fait que raviver mes pensées, alors que j'attends désespérément des nouvelles rassurantes de mes proches, de mes amis, de mes copatriotes dont la sécurité m’inquiète profondément.

Chaque nouvelle d'attaques ou de souffrances infligées à mon pays ravive un sentiment d'impuissance et de tristesse. C'est comme si une partie de moi-même était en danger, comme si la souffrance collective résonnait en moi.

Le stress et l'anxiété deviennent des compagnons permanents, affectant ma santé mentale et mon quotidien. Les souvenirs heureux de mon pays contrastent cruellement avec la réalité actuelle, créant un sentiment de perte et de nostalgie. Il est difficile de se sentir bien dans un monde où tant de gens souffrent, dans un monde qui a perdu son humanité.

Chaque jour, l'espoir d’un avenir meilleur se heurte au désespoir face à la réalité, et je me sens enchaînée à cette souffrance collective qui éclipse ma propre vie, qui me pousse à me demander s’il y aura un avenir pour mon pays, si je vais perdre une partie de mon identité.

 

 

 

Hier, Assise sur mon canapé, je ressentais chaque explosion comme une détonation dans mon cœur. Mes pensées voguaient entre le présent et le passé, les histoires que me racontaient ma mère quand j’étais jeune refont surface. 

Elle me racontait souvent ses souvenirs, ses nuits d’angoisse où elle s’accrochait à son téléphone, espérant entendre la voix de ses proches, celle qui apaiserait ses craintes. C’était juste après son mariage pendant la guerre civile de 1975-1976 quand elle a suivie son mari, mon père, en Arabie saoudite son pays de résidence à l’époque, son lieu de travail. Elle me racontait comment les journées s’étiraient, mélancoliques, ponctuées par l’angoisse d’un message, comment la nourriture perdait son goût, chaque bouchée devenait un effort, un rappel cruel de la vie qui continuait alors que la sienne semblait figée dans l’attente. Aujourd’hui, c’est à mon tour de vivre cette douleur, de m'accrocher à mon écran, guettant des nouvelles de mes proches au Liban, de ressentir la même paralysie, la même impuissance, à des milliers de kilomètres de ceux que j’aime.

 

Chaque seconde les messages des amis qui veulent avoir des nouvelles de ma famille s’affichent sur l’écran, des mots de soutien et de compatis, des messages d’amour et de désarroi s’entremêlent avec les images de destruction et de chaos. 


Les collègues et les amis finissent toujours leurs messages par vous les libanais vous êtes résilient, on admire votre résilience…. Oui mais nous on en a marre! Nous avons déjà prouvé notre résilience à plusieurs reprises, nous avons gardé les séquelles des guerres antérieures, de l’inflation, de la crise économique, de la révolution et comme a dit une humoriste belge d’origine libanaise: nous sommes les Héritiers de traumas intergénérationnels et pire encore….

 

 

dimanche 2 avril 2023

Mon expérience Chatgpt ou Intelligence Artificielle

 Hier lors d’un diner organisé à la maison autour de mezzés, de plats libanais revisités et de quelques bouteilles de cépages autochtones et variés, les discussions battent leur plein. Les irlandais parlaient de l’Irlande, les français de la France et les libanais du Liban. Nous avons évoqué le rugby, les histoires de notre enfance, le vin, la bourse, les relations publiques, les mondanités de Marrakech et bien évidemment le sujet incontournable : le chatgpt ou intelligence artificielle, les métiers qui vont disparaitre, l’utilisation et l’insécurité que nous avons face à cette technologie en expansion.     

 

L’intelligence artificielle ou IA pour ceux qui ne sont pas encore à jour avec l’actualité est un processus d’imitation de l’intelligence humaine par des machines. Son but est de permettre à des ordinateurs de penser et agir comme des êtres humains. Mais si l’intelligence artificielle est devenue aujourd’hui un facteur d’innovation dans le monde du travail et ses applications quotidiennes, je reste sceptique sur son remplacement de l’être humain complètement.

 

 

Ce matin j’ai voulu prouver mon point car je considère que Chatgpt ne pourra pas remplacer mon écriture, mon style ni mes articles, du coup j’ai ouvert mon ordinateur et j’ai décidé de tester quelques notes que j’avais déjà écrites en préparation d’articles à venir. Voila le résultat.

 

Mon texte :

N’ayant pas d’engagements et seule ce samedi soir, j’ai voulu avancer sur les plans que je dois absolument transmettre sur le chantier la semaine prochaine en me disant que je peux gagner un peu de temps libre pour un déjeuner avec une copine ou une petite marche à pied avant les visites de chantiers. Une fois devant l’ordinateur, un verre de rouge à côté, j’ai décidé d’écrire !

Ça faisait longtemps que je n’ai pas partagé sur mon blog pourtant les idées, les news, les conneries ne manquent pas. Elles sont dans mes notes, dans mon téléphone et dans ma tête. Je n’ai plus pris le temps de me poser et d’écrire. Entre les sorties, les enfants, le travail, la charge mentale, la nostalgie du pays, de la famille et des amis, je ne me suis pas accordée un petit moment pour moi depuis longtemps, même les weekends sont devenus une prolongation de la semaine chargée.

 

La réponse de Chatgpt :

Je suis désolé de vous entendre dire que vous vous sentez dépassée par vos engagements et que vous n’avez pas pris le temps de vous oser et d’écrire depuis longtemps. Il est important de prendre soin de soi et de se donner du temps pour se ressourcer et se détendre.

N’oubliez pas que prendre soin de soi ne devrait pas être considéré comme un luxe, mais plutôt comme une nécessité. En prenant soin de vous, vous serez en mesure de mieux gérer vos engagements et de vivre plus équilibrée et plus heureuse.

 

Jusque-là je veux bien admettre que la leçon de morale venant de la machine est bien logique, l’ordinateur a bien raison mais ne m’aide pas dans ma recherche, donc j’ai décidé de tester un autre texte.

 

Mon texte :

Hier lors d’un dîner, j’ai eu une belle discussion avec un petit garçon de 9 ans qui me confirme qu’il est bien content d’être un garçon malgré tous les avantages que les filles ont ! En creusant un peu plus, il s’est avéré que les filles font beaucoup de shopping avec leurs mères qui elles-mêmes font beaucoup de shopping et donc elles ont pleins de cadeaux… Je lui avais répondu que si les cadeaux étaient la chance que nous avons d’être filles ou femmes et bien lorsqu’il sera grand, il comprendra qu’effectivement il a la chance d’être un garçon mais pour d’autres raison que ce qu’il ne pense aujourd’hui. Et que Oui il a bien la chance d’être un homme, car la vie de la femme n’est pas du tout un fleuve tranquille.

 

La réponse de Chatgpt :

Quant à la discussion que vous avez eue avec le petit garçon de 9 ans, il est malheureux de constater que certaines idées stéréotypées sur les rôles de genre sont encore présentes dans notre société. Il est important de rappeler que les filles et les garçons ont les mêmes capacités et les mêmes droits, et que les choix de chacun doivent être respectés sans discrimination de genre.

Il est important d'écouter et de comprendre les points de vue des enfants, mais aussi de les aider à avoir une perspective plus large sur les avantages et les inconvénients de chaque genre. Les avantages de la vie féminine ne se résument pas seulement aux cadeaux qu'elles peuvent recevoir en faisant du shopping. Il y a aussi des aspects tels que la capacité de porter la vie et de donner naissance, l'opportunité de travailler dans des domaines autrefois considérés comme exclusivement masculins, et la possibilité d'exprimer leurs émotions sans être stigmatisées.

Cependant, il est vrai que les femmes peuvent également faire face à des défis tels que la discrimination et les inégalités dans les opportunités professionnelles, les attentes sociales qui pèsent sur elles pour être des mères et des épouses parfaites, et les problèmes de sécurité personnelle.

En fin de compte, chaque genre a ses propres avantages et défis, et il est important de reconnaître et de respecter ces différences tout en travaillant ensemble pour créer une société plus égalitaire et inclusive pour tous.


Et pour finir, il me dit :

Je vous encourage à continuer à être consciente de ces stéréotypes de genre et à les remettre en question lorsque vous les rencontrez dans votre vie quotidienne. En étant une voix pour l'égalité et la justice, vous pouvez contribuer à créer un monde où les hommes et les femmes sont traités avec respect et équité.

Je vous souhaite tout le meilleur dans vos efforts pour vous épanouir, être en bonne santé et poursuivre vos passions et vos objectifs. N'hésitez pas à vous accorder du temps pour vous-même, à chercher du soutien auprès de vos amis et de votre famille, et à continuer d'écrire et de partager vos pensées et vos expériences avec le monde.

 

Finalement, pour revenir à ma discussion avec mon ami lors du diner hier sur le fait que Chatgpt a plusieurs avantages, notamment la compréhension du langage naturel, l’interprétation des requêtes et questions posées de manière naturelle, l’adaptabilité à différents domaines de connaissances, la réponse cohérente, précise et pertinente à une variété de questions, l’accès à une vaste base de données et surtout la capacite à générer du texte de qualité et que Chatgpt est un outil puissant pour la génération de texte avec de nombreuses applications dans divers domaine, ce système manque encore de touche humaine, naturelle et émotive. 

Pour moi, ce système a une difficulté encore à produire des textes singuliers ou exprimer une sensibilité. Son style est froid et impersonnel et ne peut ressentir d’émotions il a du mal à interpréter certaines subtilités du langage comme le sarcasme, l’humour ou les jeux de mots.

Ce système manque encore d’intelligence émotionnelle, grande qualité de l’être humain et qui est la capacité de comprendre, de gérer et d'exprimer ses propres émotions, d'avoir des compétences telles que la conscience de soi, la régulation émotionnelle, la motivation, l'empathie et les compétences sociales.

 

 

lundi 7 février 2022

La maman d’un ado

 

Celui qui était le petit sabi au moment où j’ai commencé ce blog, a aujourd’hui 15 ans avec tout ce que cela implique comme lassitude de la vie, hormones, projets et surtout sorties avec les copains. Il a beaucoup d’idées de génie, de langage en perpétuelle mouvance, de programmes et autant de journées de “flemme” ou de « seum » parce qu'il n'a pas la possibilité d'être "AKLM", à cause d'un "boloss" de prof.

 

Askip, la daronne du Boug qui gère, doit apprendre à ne pas stresser mais « Yolo » !

 

Le BG qui s’en Balec de tout et qui adore la musique en ce moment, passe son temps à brancher ses playlists sur la sono de la maison, de la voiture, de la salle de bain et veut m’apprendre « how to get sturdy » en m’envoyant par réseaux sociaux toutes les vidéos de Kai ou Mdotbabyy pour me mettre à jour, devenir une frappe et ne pas appartenir à la génération des « ieuv ».

Je ne vais pas cracher dans la soupe, je passe de très beaux moments avec lui, de partage et de d’apprentissage, de discussions et de rigolade. Un moment pour moi pour faire ressortir mon âme d’enfance, de danser sur la musique en cuisinant ou en travaillant.

 

Mais être maman d’un adolescent n’est pas que fleuve tranquille H24. Il a aussi ses sorties, ses bêtises, ses journées dans le canapé tronche en biais et portable à la main à envoyer des lettres assemblées bizarrement à ses copines sans oublier la taille de son nombril qui est inversement proportionnelle à celle de son cerveau car il exprime son besoin urgent, absolument vital de sneakers dernier-cri 15 fois par jour.

Quand on discute il me reproche d’avoir une peur inexpliquée, d’être parano, de trop stresser car quand il n’est pas là je visse mon téléphone au bout du bras, je le vérifie nerveusement toutes les secondes en attendant une réponse de sa part qu’il a « zut » oublié de m’envoyer. Il me reproche de ne pas le laisser aller se balader seul en centre-ville à Marrakech, de prendre un taxi lambda pour rentrer la nuit, de vouloir savoir où il est à chaque moment de sa journée.

 

Il a raison sur certains points, je stresse beaucoup, comme si cela m’évitera les mauvaises nouvelles mais quand il me demande une rétrospection et le pourquoi du comment qui génère mon stress je ne peux pas m’empêcher de retourner dans mon enfance au Liban, pays de guerre, d’insécurité et d’années sombres, de mamans qui ont vu leurs enfants partir et ne plus jamais revenir. Depuis toute jeune je sais ce que c’est la perte d’êtres chers pendant la guerre mais pas que. Mon pays n’a jamais connu la stabilité, les attentats peuvent survenir à n’importe quel moment et ce jusqu’à aujourd’hui. Récemment j’ai perdu 3 cousins jeunes lors d’un meurtre commis dans mon village, l’endroit le plus paisible du Liban, l’endroit où je me sentais le plus en sécurité et où je pouvais laisser mes enfants aller jouer dans la rue sans aucun souci.

 

Je me souviens quand j’étais ado à mon tour, je passais une après-midi tranquille à la maison sans l’ombre d’un nuage en vue, quand ma mère a reçu un coup de fil de l’hôpital le plus proche lui annonçant que mon frère y est suite à une agression commise contre lui en rentrant à la maison. Je me souviens jusqu’à ce jour du visage de ma mère, de son stress, des journées passées à l’hôpital à s’inquiéter pour mon frère et tout le charabia qu’il y a autour.

 

Donc Oui, je stresse, Oui j’ai des traumatismes d’enfance que je lègue à mes enfants à travers mon comportement et Oui la constitution de mon pays est ancrée en moi, coloriant mon sang, touchant mon âme jusqu’au fond de mes tripes.


Bref, si je pouvais, j’aimerais revoir ma maman pour m’excuser de tous les moments où je l’ai inquiété, où je n’ai pas donné de nouvelles où je l’ai contredites. Maintenant, Je peux très bien comprendre ses sentiments.

Etant maman d’un ado, j’ai appris que je ne pourrais jamais protéger mon enfant de chaque blessure, ni les empêcher mais je peux être présente pour l’aider à surmonter la douleur.

vendredi 15 octobre 2021

Seule à l’étranger

 Depuis qu’il y a eu cette crise sanitaire de Covid-19 qui a bloqué le monde entier, cloué des avions et séparé des amis, je me suis bâti des murs autour de mon cœur pour ne pas ressentir le manque d’être avec ma famille, mes cousins et mes frères. J’étais devenue forte ou plus concrètement je vivais dans le déni de tout sentiment de nostalgie, j’ai bâti une forteresse et je me suis réfugiée dedans pour ne pas faire rimer expatriation et dépression arrosé d’un cocktail de culpabilité et de doute.

 

Je ne suis pas la seule expatriée au monde, beaucoup de personnes partagent mes sentiments. L’expatriation nous force à trouver d’autres moyens pour « être là » avec la famille et les amis sans vraiment y être physiquement. « Être la » devient différent. Nous ne pouvons pas facilement faire un câlin ou passer boire un café mais si besoin il y toujours le « je suis là » par écrit, par téléphone et le soutien se fait moralement, sur WhatsApp, telegram ou toutes ces plateformes qui permettent de communiquer en vidéo… Un café le matin avec la copine au Cambodge, un café à 10h avec la cousine à Dubaï, un call à 13h avec les frères au Liban et un dernier à 16h avec la copine aux states sans oublier les compatriotes expatriées qui ont besoin eux aussi de partager une peine, un manque ou un besoin d’aller voir leurs familles. Nous gérons comme nous pouvons notre vie de tous les jours avec une seule idée en tête, le rêve des retrouvailles !

 

Je viens d’un tout petit village niché dans les montagnes du nord du Liban qui a un air de carte postale, un havre de paix avec une centaine de maisons maximum, des rues arborées, un charme d’antan et une communauté harmonieuse qui rend jaloux tous les autres villageois du monde. J’ai grandi dans ce beau village de cousins et cousines, j’ai passé toutes mes années d’adolescence jusqu’au jour où j’ai décidé de quitter le Liban pour faire des études supérieures en France et depuis, ça fait maintenant 20 ans, je ne rentre que pour les vacances d’été, hors période covid bien sûr. Mais ce sentiment d’appartenance à cette communauté de gens de tous âge et d’expériences variées est un pilier de ma vie, c’est mon endroit où je me sens en sécurité, accueillies et acceptées, où le sens de la famille va bien au-delà des murs immédiats.

 

Ce qui m’est le plus précieux dans ce village, c’est mes souvenirs d’enfance, mes conneries dans tous les coins de rues, mes amis et surtout et avant tout mes frères, ce qui me reste après le départ de mes deux parents. Avec eux, je me sens aimée, protégée, soutenue face à l’inconnu, aux misères, aux problèmes de la vie. Ils sont fidèles, aimants, bons vivants et surtout protecteurs. Avec eux j’ai le sentiment d’être forte et prête à tout. Et ce sentiment me manque tout le temps que je passe loin d’eux. Ils sont mon réconfort après une journée difficile, mon allié bonne humeur, mon conseil face aux tracas du quotidien et ma plus belle bénédiction. Je ne les compare pas avec ma petite famille, c’est juste différent.

 

En parallèle, une autre chance que j’ai c’est mes amis d’enfance. Dans mon village, on est un groupe d’une vingtaine de personnes, très soudé, très serviables et très fusionnels, nos conjoints se sont bien intégrés dans le groupe aussi, ils sont comme une ramification naturelle de notre amitié. Quand on est au village, on passe beaucoup de temps ensemble que ce soit la journée ou le soir et on profite de ces retrouvailles comme si on ne s’était jamais quitté. Ce qui est génial avec ces amis d’enfance c’est cette amitié particulière et pure qui dure aussi longtemps en bravant la distance et les difficultés. Ensemble nous avons partagé beaucoup de moments essentiels, nous nous sommes connus très jeunes, nous avons partagés d’innombrables expériences qui nous ont marquées, nous avons faits nos premiers pas ensemble, dans tous les sens du terme. On fait partis des racines de l’un et de l’autre.

Avec eux, je peux être moi-même. Ils me connaissent depuis tellement longtemps, avec mes défauts et mes qualités, ils m’ont vu vivre mille choses différentes et ils ont toujours été là pour moi. Ils me rappellent, quand je suis avec eux, qu’à leurs yeux je suis et serais toujours une femme de valeur en raison de qui je suis personnellement et non pas qui je suis devenue. Et cela n’a pas de valeur. Ce sentiment sécurisant et de réconfort c’est ce qui me manque quand je suis loin même si au-delà des frontières de mon village j’ai beaucoup d’amis que j’apprécie, que j’aime et que je ne changerai pour rien au monde.

 

Après mon retour du Liban, il me faut une infiniment longue période d’adaptation à ma routine, à ma vie, à mes longues journées et cette période peut s’avérer parfois très intense au point que je suis en train de me demander aujourd’hui s’il ne faut pas créer un ministère de la solitude pour les expatriés loin de leur pays natal ?