jeudi 21 mai 2026

Tout s’achète, même un traumatisme

L’autre jour, Le Sabi m’a appelé, pendant que j’attendais mon tour chez la police d’arrondissement pour déposer une plainte.

J’en étais déjà à ma deuxième heure d’attente, debout en plein soleil, écrasée par la chaleur de marrakech, au milieu d’un va-et-vient incessant de détenus, menottés ou non, selon les cas, de policiers en uniforme qui ne manquaient jamais une occasion d’affirmer leur autorité, et de discussions criées à des  decibels assourdissants.

 J’avais la tête ailleurs. 

Il voulait tout simplement papoter, me raconter sa journée, partager un moment avec moi…. Mais je n’arrivais pas à me concentrer sur notre conversation, à lui donner des réponses à ses questions ni me projeter dans nos vacances d’été.

Le lendemain je me suis excusée. 
Je me suis réveillée avec cette peur de ne pas avoir été assez présente, pas assez à l’écoute, et avec cette culpabilité qui m’avait suivie jusque dans mon sommeil. 
On en a reparlé ensemble, parce que malgré moi, j’avais peur de laisser une trace, de créer une blessure sans même m’en rendre compte. 
Même s’il sait qu’une seule fois n’efface pas des années de complicité et d’écoute. Même si, pour lui, ce n’était pas grave, parce qu’il sait que mon amour est tellement fort et que pour lui je peux sortir mes griffes quand il s’agit de le défendre.

Ce qui me ramène à cette même notion de défense….. mais dans un tout autre registre. 

Aujourd’hui, un ami m’a raconté qu’à la cour d’appel, il y avait le cas d’une petite fille de 6 ans, venue avec son père qui avait déposer une plainte pour viol. En apparence,  l’enfant  ne montrait aucune séquelle. Elle était là, elle attendait paisiblement, jouant avec une petite poupée comme si rien ne l’avait touchée.
pendant ce temps, son géniteur négociait avec le camp adverse le montant « estimé » que le violeur devait payer pour ce type d’acte, afin d'éviter la prison et d’éteindre la plainte censée la protéger. Une transaction. Froide. Déshumanisée. 

Après cette histoire, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander: où est le côté humain? Où est passée la protection de l’enfant? Depuis quand les traumas d’enfants se négocient-ils à coups de dirhams ou d’une quelconque monnaie?
Comment peut-on regarder sa propre fille et transformer son traumatisme en monnaie d’échange?