vendredi 1 juin 2018

La limite en amitié


Il y a quelques années, j’ai rencontré deux mamans à l’apparence sympa, zen et cool. On a été amenée dans différentes occasions à se côtoyer, à discuter, à déjeuner ensemble de temps en temps, boire des cafés et parfois même refaire théoriquement le monde.
       
Ces mamans côtoyaient chacune un cercle différent avant de se rencontrer mais l’amitié de leurs enfants les a rapprochés l’une de l’autre. Chacune des mamans avait sa vie de famille, un mari qui bosse beaucoup et des enfants polis. Leur vie paraissait idéale de l’extérieur.

Ces deux femmes ont commencé à passer du temps ensemble,  à faire du sport ensemble, déjeuner tous les jours ensemble, elles ont réussi à tout partager ensemble et les enfants se voyaient de plus en plus au point de devenir des super amies! 
Plus les journées passaient, plus leur amitié se soudait laissant place aux sorties entre filles qui devenaient plus fréquentes et à l’alcool qui coulait à flots. Tout semblait aller bien pour ces deux amies, la vie leur souriait, le bonheur aussi.

Et puis un jour, j’apprends  que l’amitié que je voyais de loin s’est transformée en amour, les maris n’ayant rien vu venir sont tombés des nus, les couples se sont brisés mais un autre couple homo s’est formé. Aujourd’hui elles sont parties vivre loin et refaire leur vie ensemble.

Il y a eu dans leur comportement une sorte de compensation. Les deux femmes, qui étaient hétéro, mariés avec des enfants, sont devenues très copines, elles se racontaient tout, passaient tout le temps ensemble. Leur amitié est venu combler le vide créer par l’absence des maris et donner naissance à un amour qui lui se nourrit de présence, de communication et de partage.
Elles ont su être à l’écoute l’une pour l’autre, présente l’une pour l’autre, compréhensives et généreuses émotionnellement. Elles n’avaient pas besoin de mendier l’attention de l’autre et encore moins son amour.

Quand je parle de maris absents ou de femme absentes, ma définition va au-delà de la présence/absence physique, de l’absence pour le travail, la n’est pas du tout le sujet. Le conjoint absent se définit par quelqu’un qui n’accorde pas de l’attention à l’autre, qui ne le fait pas se sentir important, quelqu’un qui passe du temps (même peu) avec l’autre quand l’autre en a besoin et pas seulement dans son propre intérêt, quelqu’un qui s’intéresse à l’autre sans rien attendre en retour et qui accorde une place importante à l’autre dans sa vie.

La relation de mes deux amies a montré ce qu’il y a de plus simple, la personne qui mérite d’être avec nous est celle qui, ayant la liberté de choisir, se rapproche de nous, nous apprécie, nous consacre du temps et pense à nous. On dit le manque de temps n’existe pas, contrairement au manque d’intérêt !

Donc la souffrance émotionnelle fonctionne exactement comme la souffrance physique et un homme/femme absent mine son couple au risque de voir un ami, avant même d’arriver au redoutable amant, prendre sa place. La base solide des couples se fragilise avec le temps par le manque laissant le choix au partenaire de choisir entre vivre ou survire dans la relation.

Tout ceci m’amène aux questions sur l’amitié, les couples, les relations et les limites. Quand Une amitié peut-elle remplacée un amour et le transformer? La dépendance sur un ami peut-elle faire oublier la femme de sa vie et la remplacer?
Un ami malheureux peut-il influencer un autre couple par sa présence et son intrusion?

Avant on partageait des secrets, on avait hâte de se retrouver pour tout se raconter maintenant on raconte tout à notre ami, est-ce un signe de malaise dans un couple?
Et pour finir, faut-il se poser des questions sur les limites et la place des amitiés? 



samedi 26 mai 2018

Entre coup de gueule et bon sens


A la naissance de ma nièce, il y a maintenant quelques mois, j’ai reçu un appel de la part de mon frère pour m’annoncer la bonne nouvelle tant attendue et me rassurer que maman et bébé se porte très bien. Mon bébé frère, comme on l’appelle dans la famille car c’est le benjamin de la fratrie, m’annonce en même temps que je serais la marraine de sa fille cet été.
Mon autre frère avant lui m’avait aussi choisi pour être la marraine de sa fille il y a quelques années maintenant. C’est comme une tradition maintenant, je suis celle qui est responsable des filles dans notre petite famille.

Depuis toute jeune mes frères m’ont toujours surnommé la rebelle, j’étais une jeune fille qui suit sa voie, trace son sillon, garde les yeux fixés sur l’horizon, ne fait qu’à sa tête et prend les choses très à cœur.
Donc pour moi ce n’est pas un hasard ni une coïncidence et ce n’est pas seulement parce que je défends les droits de la femme dans notre famille, ni parce que je m’agace sur le simple fait d’évoquer une inégalité de sexe quand on discute ensemble, ni parce que je m’énerve quand on parle d’inégalité d’héritage entre mes nièces et mes neveux sous prétexte que mes nièces auront plus tard un mari qui subviendra à leurs besoins.
Pour moi, c’est un beau message de la part de mes frères, un message qui par-dessus toutes les traditions ajoute un petit grain de folie, de fantaisie et un tourbillon de sentiments. Un message qui les rassure et les conforte tant dans le lien mystique bien plus puissant que certaines attaches consanguines que dans l’engagement moral qui en suivra.

Ces convictions qui me tiennent à cœur j’essaie de les transmettre à ma fille tous les jours, je veux surtout et avant tout qu’elle apprenne à s’aimer. C’est important.
Je ne lui demande pas d’être égocentrique, ni narcissique ni prétentieuse, je veux juste qu’elle n’ait aucun problème avec son image ni avec sa confiance en elle.
Je veux qu’elle accepte la personne qu’elle est, apprenne à vivre avec ses qualités et ses défauts et être tolérante avec elle-même.
Je veux qu’elle se respecte et qu’elle accepte de faire ce qui est juste pour elle et pas forcément pour le monde autour.
Je veux qu’elle apprenne à faire confiance à sa voix intérieure et à son cœur !

Je veux qu’elle vive en harmonie avec son corps, elle n’a pas besoin du regard approbatif des autres.
Je veux qu’elle se libère, qu’elle se soulage du regard des autres et du poids de leur jugement.
Je veux qu’elle soit la seule juge de ses comportements et de ses choix, que personne ne pourra lui dire comment elle doit s’habiller ni comment elle doit traiter son corps. Son corps lui appartient.

Je ne suis pas en train de demander à ma fille de s’exhiber en publique, ni de marcher nue dans la rue. Je ne suis pas en train de dire qu’elle ne doit pas respecter le dress code de l’école ou du boulot plus tard ou une loi quelconque si elle existe mais je veux qu’elle se rebelle un peu. 
Mais je ne permets en aucun cas à une prof à l’école qui n’est pas la maîtresse principale de ma fille, ni la responsable de son show de Zumba ou de pompom girl de venir lui dire comment elle doit s’habiller. Je ne permets pas non plus à qui que ce soit d’autre que moi ou de son père de lui inculquer la notion de pudeur. 

A l’école américaine de mes enfants, mettre une brassière de sport pour des filles de 7 ans afin de faire un show de pompom girls choque les profs et surtout les américaines ou même un t-shirt noué au niveau du ventre et montre le nombril d’une fille fait scandale auprès des américaines puritaines et conservatrices. Ce qui est contradictoire c’est que les marocaines plus ouverte, tolérantes et respectueuses n’ont même pas jugé la tenue inadéquate ou portant atteinte à leur croyance.

Ça me fait penser à cette citation récente du créateur Tom Ford(ex-Gucci) qui fait mal et qui veut tout dire : « Quand on shootait une campagne publicitaire, on en faisait une pour le monde, et une autre pour le Moyen-Orient parce que leurs règles interdisent qu'un homme touche une femme, et que tout le monde doit être habillé. Aujourd'hui nous shootons trois versions : une pour le monde, une conservatrice, une pour le Moyen-Orient. La version conservatrice est pour les Etats-Unis. »

Alors je veux dire à ces profs qu’on a à l’école américaine en particuliers que le regard pervers que nous, adulte, posons sur nos enfants est en train d’étouffer leur innocence et fabriquer des pervers obsédés. L’innocence de nos enfants est leur regard sur la vie, leur capacité d’émerveillement, leur confiance dans l’humanité et leur espoir placé dans la bonté et la continuité à ressentir l’optimisme de l’enfance alors il est interdit d’y toucher c’est ce qu’il y a de plus précieux!
Alors s’ils ont du mal avec la liberté d’expression à tous les niveaux, intellectuel, social, corporel et religieux je leur demande de se contenter d’apprendre patiemment que « m » et « a » se prononce « ma », de leur faire réciter des poésies et des tables de multiplications,  de leur apprendre le respect, qu’on ne frappe pas leurs petits camarades pour bien vivre en communauté, le reste est notre devoir de parents !

jeudi 10 mai 2018

Décalage horaire


À l’heure où le Maroc mon pays de résidence se prépare à commencer le mois sacré du ramadan, le Liban mon pays natale se prépare pour les élections parlementaires et la France mon pays adoptif se prépare pour la fête des mères le 27 mai.
L’avantage d’avoir une double nationalité et vivre dans des pays différents c’est qu’on peut célébrer la fête des mères 3 fois par an, voter 2 fois par an et fêter pâques à 2 dates différentes. Mais aussi,  passer de l’année 2025 à l’année 1900 en quelques heures de vol!

L’autre midi,  j’étais à Paris, il faisait un temps de rêve alors je décide d’aller déjeuner seule en terrasse, de profiter de la vue sur le jardin du Luxembourg, siroter un verre de rosé froid et observer les passants. Assis à la table d’à côté, 2 hommes genre cadre sup comme on les appelle en France. La discussion était du style on se connait dans le boulot mais on ne sait rien sur nos vies perso mais quand même lors d’un déjeuner en terrasse on peut se poser des questions.
J’adore tendre l’oreille et écouter ce qui se dit à la table voisine. La discussion des 2 hommes m’intriguait car je voulais voir ou ça peut mener à l’inverse de l’autre table à droite où une dame d’un certain âge raconte à sa copine à propos de la belle villa qu’un mec lui a trouvé à Marrakech et l’offre qu’il lui a fait et qui sent l’arnaque totale vue les détails qu’elle donnait. Bon ça ne sort pas du commun et elle n’est pas la seule à être arnaquée sur des affaires à l’étranger. 

Je reviens aux 2 hommes, avant le dessert, l’un demande à l’autre : « et ta femme, elle travaille? » sans lever le voile sur cet insoutenable suspense - alors elle travaille ou pas?- je vais m’attarder sur la question elle-même qui peut sembler anodine mais qui a déclenché chez moi un gros énervement et un article! Si on imagine la même scène avec 2 femmes sur une terrasse,  est ce que l’une aurait demandé à l’autre si son homme travaille? Non elle aurait dit : « ton mec, il fait quoi? » car il est entendu dans notre société qu’un homme adulte et indépendant gagne sa vie et nourrit sa famille. Ce serait pas mal qu’il en soit de même pour les femmes.

Écouter le sujet de cette conversation me ramène à la discussion que j’ai eue avec une femme chauffeur de taxi, une femme généreuse et agréable qui aime faire la conversation avec ses passagers et qui m’a conduit de Orly à l’hôtel le jour où j’ai atterrie à  Paris.

Il s’est avéré qu’en plus d’être chauffeur de taxi, elle est élue de sa commune et chargée de l’égalité homme femme. Nous avons pu échanger sur ce sujet qui me tient à cœur. Si en France les femmes trouvent qu’il y a encore beaucoup à faire pour les droits de la femme, je les félicite car elles ont déjà fait un long chemin juridiquement parlant. La dame dans le taxi est d’origine algérienne, nous avons pu comparer la condition de la femme en Afrique du Nord par rapport à la France, pays où la femme a le droit de voyager seule avec ces enfants sans qu’on ne lui demande un consentement de son mari, pays où la femme peut porter un maillot de bains et aller à la plage, pays où la femme peut porter plainte pour agression sexuelle et avoir un suivi, pays où la femme peut donner son nom de famille à ses enfants si elle le souhaite et surtout pays où la femme peut avoir un enfant seule sans que ce dernier ne soit qualifié d’enfant bâtard  né sous X!


A l’heure où en France continue à se battre pour encore plus de droits de la femme, je ne peux que espérer qu’au Liban, ce pays tellement vanté par ses citoyens et où les droits de la femme sont plus que médiocre, je vais pouvoir un jour donner ma nationalité à mes enfants comme au Maroc, en Algérie ou en France, pouvoir un jour ouvrir seule un compte bancaire à mes enfants et pourquoi pas leur donner mon nom de famille, reconnaître un enfant hors mariage catholique et que j’ai voulu garder seule, bref exister dans l’espoir de laisser un monde meilleure à ma fille et mes 2 nièces !








mardi 8 mai 2018

La soirée des 1000 et 1 lumières




Ce que j’adore le plus c’est quand j’émerge le lendemain d’une soirée ou deux consécutives avec beaucoup d’histoires que j’ai envie d’accoucher sur papier tout de suite.

Ce matin j’émerge d’une soirée d’anniversaire, les 60 ans d’une connaissance, soirée que je peux qualifier de réussie, soirée de toutes les rencontres. Une soirée de fin avril exceptionnelle tant par son exotisme que par son temps frais et pluvieux, le tout surprenant a Marrakech.
Et d’une autre soirée au restaurant marocain très raffiné d’un hôtel royal, soirée classée sous le thème du luxe et de la madame-reçoit. 
C’était 2 soirées complètement différentes mais très semblables. 

Les efforts et moyens déployés pour recevoir étaient assez similaires, la barre était haute. Les invités étaient intéressants, cultivés, blindés financièrement et se sont déplacés à Marrakech pour l’anniversaire de leur ami, pour un peu de dépaysement et de folie. Les invités ont fait la fête jusqu’à tard dans la nuit sans chichi ni grosse tête, ils sont venus exprès pour fêter l’anniversaire et pour s’amuser. Ils ont pris l’avion des 4 coins de la France pour le weekend. 

A la première soirée, nous avons fait beaucoup de rencontres, les invités étaient détendus, relax, chic et très humbles. Nous avons voyagé de Marrakech, au Liban, en corse et aux pays de tous les artistes. Les discussions et les rencontres se multipliaient et surfaient sur les vagues de l’art, de la politique, des voitures coupées en deux, une partie pour l’aller et l’autre pour le retour dans des pays différents, des paysages corses, des courses de voitures, des accidents, du Liban vu par les étrangers et des souvenirs.
Nous avons croisés le chemin d’un compatriote libanais, installé à paris et il s’est avéré que nous nous connaissions déjà que nous nous sommes déjà rencontré quand nous étions encore à paris.
Le monde est petit, notre monde est petit !

A la deuxième soirée, nous avons été reçus dans un luxe et raffinement impressionnants. Nous nous connaissons tous entre invités, nous avions passé la soirée ensemble la veille. Pourtant le diner ne s’est pas passé comme la soirée de la veille. Mon homme-idéal était assis à l’autre bout de la table par rapport à moi. On s’est rendu compte le lendemain que nos expériences étaient très différentes, les ambiances et discussions aussi, pourtant on était au même diner avec quasiment les mêmes personnes que la veille  (à part un couple qu’on ne connaissait pas et madame qui nous reçoit) mais géographiquement mal placés autour de la table.
Pendant que mon mari-idéal parlait de sujets variés et intéressants, il me jetait un coup d’œil discret de temps en temps pour lire les expressions sur mon visage qui disaient tout vu qu’il me connait par cœur. Effectivement, j’écoutais le monologue de « madame-reçoit » sur les marques de luxes, sa vie de luxe à paris, ses connaissances de luxe dans les boutiques selectes de la ville et dans une certaine communauté de luxe en vacances au Liban ou à Marrakech qu’elle côtoie quand elle s’y rend pour ses vacances de luxe. En plus d’être madame de luxe avec 2500 personnes à son service entre personnel, domestique, infirmière et chauffeur pour l’entretenir et s’occuper de ses enfants, « madame-reçoit » est fatiguée et préconise à toute maman de faire un voyage par mois avec une copine pour pouvoir garder la tête sur les épaules et gérer le stress quotidien généré par la vie familiale et les obligations.
Je n’ai pas pu placer un mot dans son monologue de m’as-tu-vu, pour être honnête je n’avais même pas l’envie de participer alors je me suis contentée d’acquiescer en disant « waou », « magnifique », « bien sûr », « effectivement » …

Au final, nous avons eu deux soirées consécutives très semblables avec des invités communs mais très différentes par leurs ambiances et les expériences vécues. Assez bizarrement, un détail non négligeable a pu faire basculer la soirée d’un côté ou de l’autre et a pu faire toute la différence.
L’origine et la nationalité de notre hôte a pu changer l’expérience de réussie à catastrophique, de noble à m’as-tu-vu, de humble à snob et terriblement nombriliste.  

mercredi 11 avril 2018

La charrette à 11 ans




J’émerge tout doucement ce matin après une nuit de charrette avec mon fils sur son projet de science qu’il devait présenter aujourd’hui et sur lequel il n’a pas géré le temps donné par son professeur laissant tout le boulot à la dernière minute. Le travail de 2 semaines de recherches et d’expériences scientifiques pouvait être fait, selon mon fils, en 2 heures après l’école, la veille de sa présentation.
Pourtant, depuis le début de cette année scolaire il a eu plusieurs projets étalés sur 3 semaines et je n’ai pas cessée de lui expliquer la notion de temps et la gestion du travail. Il faut avouer que  cette gestion du temps faisait partie elle aussi du projet et de l’apprentissage à son âge.

L’énorme quantité de travail à fournir ne laissait pas de temps au repos, nous avons commencé la course contre la montre dès que nous avons mis les pieds à la maison après l’école.
Je m’étais préparée en avance à être charrette toute l’après-midi. J’avais déjà connu ce sentiment durant mes études d’architecture ainsi que toutes mes années de travail car les clients sont tous connus pour avoir des dates de rendu irréalisables du genre « c’est pour hier ».

« Etre charrette » est une expression intéressante, longtemps employée par les architectes avant qu’elle ne se popularise. Pour mes lecteurs qui n’ont jamais été « à la bourre » dans leur travail, « être charrette », « être en charrette », « faire charrette » recouvre le super moment où la charge de travail semble ne pas s’alléger, tandis que le délai imparti s’approche de son terme.

Je vais faire une petite parenthèse d’histoire, pour comprendre comment un antique véhicule de transport de fardeaux a fini par évoquer un retard cruel et devenir synonyme de nuits blanches mâtinées de café noir, il faut remonter au XIXe, à la section Architecture de l’école des Beaux-Arts de Paris et jusqu’à nos jours dans toutes les écoles d’architecture dans le monde à quelques détails prés. Lors de l’examen final, les étudiants devaient présenter une maquette, réalisée sous surveillance dans un atelier voisin de l’école et dans un délai assez court. Le matin de la présentation au jury, l’administration faisait envoyer une charrette pour récolter les travaux lourds, fragiles et volumineux, qui devaient arriver achevés. Pour certains étudiants, la seule solution pour terminer leur travail était de monter dans la fameuse charrette et d’y poser les dernières touches à leurs œuvres tout en étant conduits vers le lieu de leur présentation.
Un gain de temps, diraient certains… Cette scène est fameusement racontée par Zola dans L’œuvre.


Donc pour revenir à notre soirée d’hier avec mon fils, nous avons pu partager ensemble un moment de charrette particulièrement important à mes yeux.
Un moment que j’avais uniquement partagé avec mon homme et mes amis architectes jusqu’à aujourd’hui.
Un moment de montée d’adrénaline, de gestion de stress et d’action.

J’ai essayé de lui  apprendre la notion de recherche de la perfection dans les détails, les couleurs et la présentation. J’ai imposé des mouvements chronométrés sans perdre la précision ou le fil conducteur du travail. J’ai demandé des réponses aux questions demandées avec rapidité, lucidité et constance. J’ai demandé de me soumettre les hypothèses de son expérience scientifique, les questions qu’il se pose et sa théorie scientifique basée sur ses observations et expérimentations de plusieurs phénomènes corrélés.

La scientifique que j’ai toujours était s’est jointe à l’architecte que je suis devenue pour reprendre le rôle de leader en mettant la main dans le cambouis, à courir entre l’ordinateur, l’imprimante, les présentations, les fonts, le design et le grand carton allongé par terre, le coup de ciseaux, la colle et les papiers!

Aujourd’hui je suis partagée entre un sentiment de fatigue générale, de satisfaction et de stress.
J’ai retrouvé hier soir le sentiment de  mes nuits de charrette comme en architecture, de l’énorme quantité de travail à fournir en peu de temps et l’obligation d’un rendement intellectuel sous pression. Mais aussi le sentiment de grosse fierté face à mon fils qui a réussi à comprendre, analyser son travail et à bien présenter ce matin au jury qui l’attendait. Le passage devant ses profs était facile, il a fait sa présentation devant des scientifiques qui peuvent comprendre les 3 lois de newton qui fondent la mécanique classique et plus particulièrement la dynamique. Mais le plus dure était la présentation aux enfants du primaire venu assister à la « science fair » et poser des questions parfois pourvues d’aucun sens.

En fin de journée, il m’a annoncé que notre moment de partage était tellement bien la veille qu’il lui a fait oublier le stress de présenter devant un jury. Ce qui pour moi veut dire que notre charrette d’hier ne va surtout pas être notre dernière !

vendredi 30 mars 2018

Les Angles 2018 - Rien que du blanc


Il y a un an je prenais mon dernier café le matin sur le fauteuil à bascule, au bord de la fenêtre avec vue sur les Pyrénées. Dernier café en France avant le retour à Barcelone et puis Marrakech. On venait de passer une semaine de ski en bleu blanc rouge. Une semaine de glisse, de moniteurs pro, d'étoiles, d'école de ski et de pistes de toutes les couleurs. Une semaine de vin chaud, de raclette, de tartiflette et de saucisson. Une semaine de croissants aérés et croustillants qui fondent dans la bouche, de vrai croissant à la Française comme disent les enfants.



Il y a un an  on était venu découvrir la station de ski Les Angles dans les Pyrénées orientales avec un couple d'amis puis on est tombé amoureux de cette station, du petit village et des gens du coin avec leur accent du sud très réconfortant et qui, à moi, me rappelle ma très bonne amie du sud et son accent qui devient encore plus prononcé quand elle s'énerve.

Il y a un an on avait passé une semaine de glisse sous le beau ciel bleu des Pyrénées, on avait eu la chance d'avoir 7 jours ensoleillés sans le moindre nuage à l'horizon. On avait eu beaucoup de chance.
Cette année on est revenu dans la même station retrouver nos bonnes vieilles habitudes de glisse, nos moniteurs avec qui on avait gardé le contact durant toute l’année, nos pistes bien damées et nos plats goûteux dans nos restaurants favoris. Cette année le soleil n'a pas était au rdv pour la totalité du séjour, on a eu 3 jours de chute de neige, de vent fort et de brouillard. Les enfants ont découvert la neige fraiche, ils ont pu faire l’expérience des flocons de neiges sur la langue, le visage et les mains, l’expérience de la volatilité de cette neige encore poudreuse, l’expérience de cette neige qui tombe au ralenti donnant l’image d’un hiver hors du temps, en monochrome. Et il n’en fallait pas moins pour nous rendre complétement euphoriques.




Il m’est impossible de décrire cette magie qui planait sur cet endroit, sur nos vacances en famille et nos esprits mais j’ai fait en sorte d’immortaliser ce moment à jamais dans ma tête. Je n’étais pas encore partie mais j’étais déjà nostalgique.

La semaine est vite terminée, la veille du départ on sentait déjà le malaise, la douleur de la séparation, le deuil d’une semaine inoubliable. Les enfants et moi ne voulions pas retourner à Marrakech, nous voulions prolonger le séjour d’une semaine encore, peut-être d’une autre semaine après et encore une autre après.  

Le retour était difficile, j’ai eu l’impression d’être fraichement réveillée d’un superbe rêve et je n’arrivais pas à redescendre sur terre. Jusqu’à ce jour je continue à parler de cette semaine de ski avec les enfants et je suis plus que prête à retourner dans ce beau domaine et ce beau village.



mercredi 28 mars 2018

De retour, encore une fois…


Apres la transformation de mon Blog en blook je n’ai pas écrit, j’étais tellement contente et fière que j’ai consacré mon temps à la lecture et la relecture de mes textes, à revivre les expériences passées et à replonger dans le monde que j’ai quitté pour venir m’installer à Marrakech.

J’ai beaucoup d’histoires à  partager, je vais reprendre l’écriture car c’est ma libération, mon échappatoire, ma délivrance tel un accouchement. Mais il y a certaines histoire qui ne peuvent pas être publiées pour ne pas heurter la sensibilité du jeune publique ni  porter atteintes à l’intégrité de qui que ce soit…

Je vais continuer à relater des faits, transcrire mes pensées et satisfaire mes fidèles accro au « bergueg » qui scrutent mon blog le lendemain de soirée pour voir ce que j’ai écrit et comment je l’ai écrit. Certains me font remarquer, parfois, je cite « prend note, la tu as de quoi alimenter ton blog ». Récemment, lors d’un diner entre mecs pendant le dernier voyage en Uruguay et quand le plus grand moment d’imagerie mentale est arrivé, l’allusion à mon blog a fait surface, les fidèles lecteurs ont voulu me rallier d’autres lecteurs et j’ai même failli avoir certains qui me prennent des notes.

Donc après toute cette absence je suis de retour et j’espère avoir des articles à la hauteur de tout ce que j’ai déjà publié jusqu’à aujourd’hui.

Stay tuned…..