vendredi 16 avril 2021

Vilain tour

Je voulais reprendre, ce matin, la lecture du livre de Daniel Goleman sur l’intelligence émotionnelle quand je suis tombée sur mes notes en guise de marque-pages.

Ce livre sur l’intelligence émotionnelle, la capacité d’identifier ses émotions, de les comprendre, de les contrôler ou les ajuster en fonction des circonstances, est assez compliqué du coup je le lis en pointillé, un peu quand j’ai la patience et le temps. C’est un livre très intéressant, que je conseille d’ailleurs, il est écrit par un psychologue journaliste et a été un véritable électrochoc : pour la première fois, l’écrivain démontrait au grand public que l’être humain est doté d’une autre intelligence, aussi importante pour la vie quotidienne que l’intelligence logico-mathématique et verbale, à la base du fameux Q.I. Cette autre forme d’intelligence est la capacité à percevoir, maîtriser et exprimer ses sentiments et ses émotions ainsi que ceux d’autrui. Elle influe sur notre self-control, notre motivation, notre intégrité mais aussi sur nos relations avec les autres.


Bref, J’ai commencé à lire ce livre il y a 2 ans environ et j’étais en train de le lire quand j’étais à l’hôpital aux côtés de mon papa d’amour. C’était une période douloureuse pour moi, une période pleine d’émotions, de tristesse et d’incompréhension. J’avais écrit :

 « Tu as toujours adoré les blagues, les écouter, les raconter.

Tu as toujours rigolé quand on te racontait des blagues, des pas drôles même.

Tu as toujours rigolé quand TU racontais des blagues, même si tu le faisais pour la énième fois et que tu connaissais la blague par cœur.

Tu n’as jamais compris comment une personne pouvait être insensible aux blagues, qu’il existait une personne pourvue d’humour, qu’une histoire plaisante imaginée pour amuser ne faisait aucun effet.

Aujourd’hui, ta vie se termine par une blague qui pour le moment te laisse accroché entre vie et mort au grand désarroi de tes enfants, à la grande stupéfaction de chaque âme qui te connait ou qui t’a rencontré.

Une blague incomprise qui a eu une résonance à travers notre monde, mon monde ! »

 Papa est tombé sur la tête, il a refusé au début d’aller voir un médecin, mais avec sa force de conviction, mon frère cadet a réussi à le persuader d’aller faire un tour aux urgences pour avoir le cœur net. Sur le chemin de l’hôpital, on a réussi à discuter un peu de choses sérieuses au début mais vite la discussion a changé car l’hémorragie dans le cerveau de papa faisait son effet. Les propos de papa étaient tellement mélangés de sérieux, de futilité, d’insouciance, de désinvolture que mon frère et moi étions dans le désarroi total, ne sachant pas si nous devions rigoler, pleurer ou juste s’étonner.

Sur le chemin de l’hôpital où papa est rentré dans un coma artificiel pour rendre son dernier souffle deux semaines plus tard, il nous a fait rire et pleurer, une façon bien à lui de nous quitter, nous laissant le dernier sourire sur le visage.

Depuis ce jour, il y a 1 an et demi déjà, nous avons perdu pas moins de 10 personnes très proches faisant partie de notre entourage, de notre petite famille. Papa avait ouvert le bal, il a déverrouillé le disque dur de l’univers, il a ouvert une boite de pandore. Les mauvaises blagues affluent, les personnes tombent l’une après l’autre, la famille se réduit.

Ça va s’arrêter quand ?  L’univers est allé trop loin, il peut arrêter de me faire des blagues car maintenant ça a franchi les limites du drôle, c’est devenu gêne et malaise. Je suis blessée, je suis vexée et je n’ai plus envie de subir toute cette méchanceté. J’ai appris beaucoup de leçons entre temps, il faut que ça s’arrête.

 Les blagues sont devenues un vilain tour !

mardi 6 avril 2021

Facteur psychologique en architecture

En tant qu’architecte, j’ai été amenée à travailler sur différents projets et j’ai eu la chance de tomber sur des demandes très variées allant de la simple villa aux immeubles de bureaux à énergie positive en passant par les gendarmeries, les logements sociaux, les hôtels de luxe ou les maisons de retraite.

Chaque projet a sa phase d’études, de préparation et d’immersion. Immersion dans le mode de fonctionnement, immersion dans la gestion de tous les jours, la gestion des flux et l’occupation futur. C’est la matérialisation du projet architectural, de l’idée à l’ouvrage avec un objectif clair qui est de saisir le concept « projet architectural » de la genèse de l’idée jusqu’à ce qu’il devienne une réalité sur le terrain.

Dans un des livres que j’ai lus, Jean-Pierre Chupin explique que le projet « consiste à rapprocher des réalités hétérogènes, sans rapport logique préalable entre elles : un programme social, des structures porteuses, des réseaux de fluides, des formes urbaines, des règlements, des couleurs, des matériaux, etc., à découvrir ou bien à établir des rapports entre ces réalités ». En d'autres termes, à construire une nouvelle réalité ordonnée (on peut dire de cet ordre qu'il est un sens, une harmonie, une régularité. etc.), ceci en vue d'un résultat essentiel : rendre l'espace habitable (fonctionnellement, symboliquement. etc.) ».

Mais, en réalité, dans pas mal de projets les architectes oublient le côté psychologique, l’impact des lieux sur le mental des personnes, l’influence de l’environnement sur l’esprit. Depuis plusieurs années, les spécialistes du comportement apportent des arguments empiriques sur comment les endroits que nous habitons peuvent agir sur nos pensées, nos sentiments et nos comportements, notamment dans les hôpitaux. Plus que pour d’autres bâtiments, la construction d’un hôpital s’avère extrêmement contrainte par un programme d’une grande complexité fixé en amont et avec lequel l’architecte doit composer tout comme avec le site et les règles, elles aussi très contraignantes, de la composition architecturale.

J’ai travaillé sur la conception de l’hôpital Cognacq-Jay à Paris avec l’architecte Toyo Ito, pour ceux qui le connaissent, j’ai bossé avec l’équipe sur beaucoup de détails relatif au bâtiment, aux façades, aux jeux de lumières, l’éclairage dans le respect de la signature de l’architecte star, les vis, le calepinage des carreaux par rapport aux interrupteurs, les rideaux, les portes, après tout le respect des normes du Dtu, les normes de l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, les brancards et la protection des murs, les accès pompiers, la sécurité incendie. On a imaginé les occupants des lieux vivre au quotidien, passer par là, dormir ici, travailler avec assez de lumière de jour, ne pas avoir froid en fonction de l’orientation de la chambre, les sièges pour les visiteurs, etc.

On a quadrillé tous les aspects du bâtiment et on a fini avec un beau projet, mais pendant tout ce temps, je ne me suis jamais imaginée en tant que patiente et ce que l’angoisse de la maladie pouvait avoir comme impact sur moi !

 

Mais depuis quelques années, j’ai visité des hôpitaux en tant que patiente, en tant qu’accompagnatrice, en tant qu’utilisatrice. Il y a quelques mois, j’ai été à l’hôpital accompagnant mon mari pour des examens annuels, j’ai patienté pendant des heures dans la salle d’attente sombre au sous-sol à regarder les malades passer, les médecins crapahuter, les infirmières cheminer et les murs blancs sans âme. La conception de cette pièce d’attente sans fenêtres, avec un éclairage fluorescent blanc et sans stimulation a généré de l’ennui qui a fait monter le niveau de stress et a fait revenir beaucoup de souvenirs douloureux sans oublier le temps d’attente, le stress, le manque d’oxygène et l’angoisse des résultats.


Si cet espace m’a complètement chamboulé c’est à cause de son aménagement et sa conception. Il y a 3 ans, j’ai passé une semaine avec mon père dans un hôpital neuf au Liban. En dehors du stress des analyses et de l’angoisse des résultats, le séjour d’une semaine était vécu avec un service plutôt hôtelier qu’hospitalier dans une chambre avec vue sur mer !

Toutes les chambres de cet hôpital ont été conçues en respectant les règles d’aménagement en matière d’accessibilité handicapés ce qui permet à ceux qui peuvent de pouvoir évoluer sans assistance dans leur chambre. En effet la chambre a été dès le départ pensée pour favoriser au maximum l’autonomie, la sérénité et le confort sonore en dehors du bruit habituel des hôpitaux.

Avec du recul aujourd’hui, je suis persuadée qu’on ne peut pas désolidariser la réflexion sur la conception architecturale de celle de sa réception. Dans un hôpital, les usagers sont particulièrement vulnérables et dans la quasi impossibilité de détourner les usages des lieux, ce qui renforce d’autant plus l’impact des choix effectués en amont et des détails en lien avec le bien-être du patient.

D’où ma question, Ces détails doivent-ils plaider pour une architecture qui n’évacue pas la question de l’utilité et la dimension sociale et symbolique ?

Pour finir, je cite :

 « A l’acceptation seulement spatiale et à l’appréciation purement esthétique, se substitue une définition ancrée dans le quotidien et les rituels sociaux dans lequel se mêlent l’émotion des formes et l’appréciation du domestique. (Hoddé, 2013, p. 73).

samedi 6 février 2021

Gestion de conflits

 Depuis que j’ai eu des enfants, j’ai appris à gérer les conflits du quotidien que les enfants peuvent avoir entre eux. Des conflits entre frères et sœurs, entre cousins ou avec les amis dans la cour de récrée ou à la maison. Des conflits concernant les jouets, qui a touché à quoi, qui a pris quoi avant qui, qui a dit quoi à l’autre et ainsi de suite.


Les histoires entre copines de ma toute dernière n’en finissent jamais et ne font aucune pause par jour. Quand je la récupère de l’école, elle consomme tout le trajet jusqu’à la maison en me racontant ce que Intel a dit à l’autre, l’avis des copains, la gestion de la crise et l’impact sur le restant de la journée. Tous les jours il y a une histoire, un conflit, un suspect, une gestion de crise, l’intervention du prof et une fin. Les amitiés se rompent, le groupe se dissout, les échanges se frisent et les cours se rompent pour tout résoudre.

Dans la voiture, ma petite attend de moi un arbitrage en sa faveur mais malheureusement ce n’est pas toujours ma réaction car pour moi, Il faut être impartial, avoir du recul et la laisser gérer. Faire face à ses conflits est la meilleure situation d’apprentissage qui lui donnera de nombreuses habiletés qui lui seront précieuses tout au long de sa vie … surtout si elle se retrouve comme moi, un jour, sur les chantiers.

 

Car en parallèle, avant de récupérer les enfants à l’école, je passe du temps sur les chantiers et je fais la coordination des travaux avec les entreprises. Quand sur un chantier je me retrouve à travailler avec une entreprise générale, la gestion devient facile car je me retrouve avec un seul interlocuteur en face, les demandes passent par une personne qui gère elle-même ses propres jouets sans besoin d’interagir avec d’autres.

Mais quand je me retrouve en coordination avec des corps d’état séparés, je me retrouve dans une situation de gestion de conflits similaires à ceux des enfants avec du il m’a dit, elle m’a fait, il a touché, elle a touché, ce n’est pas moi c’est lui, ce n’est pas à moi mais avec des thermes plus élaboré du style c’est pas dans mon marché, ma limite de prestation, je ne peux pas garantir, il a fermé avant que je ne termine, je dois retoucher derrière lui et ainsi de suite.   

 

Comme dans la situation de gestion de conflits entre enfants, il est tentant parfois de vouloir régler le problème pour les entreprises mais il est plus constructif et moins dangereux de les encourager à participer activement à la recherche d’une solution en posant des questions ouvertes qui portent à réflexion.

Après l’âge de 2 ans, il est encore possible de rencontrer des enfants qui ont la difficulté à s’entendre et même quand ils deviennent adultes. Parfois c’est une question de tempérament et d’autre fois d’intérêt. 


Les psychologues de l’enfance, dans beaucoup d’articles publiés jusqu’à ce jour, préconisent d’écouter les enfants quand ils racontent leurs histoires et leurs problèmes car même si ces problèmes sont insignifiants à nos yeux ça permet d’établir une relation de confiance et de complicité. D’après ces mêmes psychologues, si on passe à côté de leurs problèmes aujourd’hui, ils ne se retourneront par vers nous pour se confier à l’âge adulte. La confiance se rompt.

Pareil dans le bâtiment, si on n’écoute pas les conflits des entreprises au quotidien, le problème à la fin sera plus grave, ce n’est pas la confiance qui se rompt seulement mais ça impacte les délais, la livraison et la qualité de la prestation.

 

Dans le cadre de ma profession, les rôles que j’ai à exercer sont nombreux, parfois animatrice, médiatrice et même clown. Ils sont tous important les uns que les autres et selon la personnalité de tous, chacun a celui qu’il préfère. Personnellement, j’ai un peu de difficulté avec celui de médiatrice que je trouve un rôle qui occupe beaucoup de mon temps et prend une grande partie de mon énergie mais qui est très important pour le bon déroulement du travail.

Donc, en résumé, on dit « à chaque âge ses conflits » et ceci implique une gestion qui ne s’improvise pas mais qui nécessite une connaissance, un véritable travail de fond qui peut, à long terme, être profitable.

vendredi 9 octobre 2020

La vie, une Aventure ?

 

Apparemment, d’après le dernier article que je viens de lire, il ne faut pas dire la vie est difficile mais la vie est une aventure.

Cette phrase m’a intrigué car pour pouvoir être d’accord avec ce principe, il faut définir le mot aventure.  A l’école j’ai appris qu’aventure c’est la suite de péripéties et de rebondissements dont l’expérience peut créer une excitation psychologique et physiologique, négative ou positive mais je me suis attachée le plus à l’excitation positive et je n’ai utilisé le mot aventure que pour décrire des moments de folies, de sensations fortes, de bonheur, de joies, d’extravagances et d’excentricités. Je peux rejoindre Milan Kundera qui définit l’aventure comme une « exploration passionnée de l’inconnu » car ça reste excitant et stimulant.

 Donc en résumé la vie est un défi à relever, un bonheur à mériter et une aventure à tenter comme s’il ne suffisait pas de mettre un pied devant l’autre pour avancer.

 Mais par moment, 1 fois par mois, j’ai l’impression que les aventures de la vie ne suffisent pas alors l’univers m’envoie des épreuves supplémentaires, des manèges d’émotions, de doutes et de chagrins. Une fois par mois je dois rétablir le lien avec la sagesse très profonde et ancienne qui réside dans moi, dans chaque femme comme si la vie chevaleresque de quêtes héroïques quotidiennes ne suffisait pas :

Comme si la gestion des crises d’adolescence d’un enfant ne suffisait pas.

Comme si guider une fratrie de 2 avec le ressentit de 10 gosses ne suffisait pas.

Comme si l’impression d’être un poids à supporter pour ta moitié ne suffisait pas.

Comme si le dénigrement de ton entourage ne suffisait pas.

Comme si le sentiment que ta vie n’a pas de valeur pour tes proches ne suffisait pas.

Comme si mettre ta vie de cote pour le bonheur de ta famille ne suffisait pas.

Comme si gérer les sautes d’humeur d’un prof en vidéoconférence ne suffisait pas.

Comme si la distance avec mes amies fidèles éparpillées sur le globe ne suffisait pas.

Comme si la mort de mes parents ne suffisait pas.

Comme si la démolition de plus que la moitié de mon pays natal ainsi que la crise économique qui régit ne suffisait pas.

Et la liste est longue….

 

Alors en plus, chaque mois, dans la nature cyclique d’une femme une bataille de lutte contre le cours de la vie s’impose, naturellement. La nature met en évidence notre incroyable complexité, à nous les femmes, car en un seul mois, nous pouvons passer de fonceuses à nourricières puis de sauvage à casanières.

Dans un livre que je suis en train de lire, l’auteur parle de la phase de la sorcière dans le bien-fondé des rythmes de la vie de la femme. Pendant cette phase notre moi intérieur s’exprime dans notre esprit éveillé, cette phase correspond à une période ou le corps a besoin de plus de sommeil mais l’esprit a également besoin d’avantage de temps pour rêver.

Apparemment les rêves, pendant cette période, peuvent nous apprendre beaucoup sur notre corps et notre esprit, ils modifient notre perception de la vie où nous apportent aide et compréhension.

Mais qu’en est-il quand ces rêves se transforment en cauchemars ? qu’en est-il quand ces cauchemars mettent en scène nos craintes et notre mal-être intérieur ? qu’en est-il quand le lendemain nos idées angoissantes ou visions terrifiantes parviennent à s’imposer ? est-ce une façon pour l’univers de nous dire de nous écouter, d’écouter notre corps, de changer quelque chose ? ?

 

Avec toutes ces idées, pensées et émotions, avec tous les livres et les articles que je lis, avec toutes les questions que je ne peux pas m’empêcher de demander, je reviens à la notion de la vie est une aventure pour dire que la vie est bien une aventure réelle, c’est quelque chose qui se vit, qui se ressent au plus profond de nous et ne peut pas être limitée avec nos pensées. La vie est une expérience sensorielle et non pas uniquement intellectuelle, alors vivons !

 

 

samedi 8 août 2020

Rêve anéanti

Depuis toujours quand je cherchais papa, il était soit sur ses plans soit en train d’écouter les infos à longueur de journée. Il écoutait les infos a la radio et regardait toutes les chaines télévisées, au cas où il y a eu un mot qui a était omis sur l’une ou sur l’autre, au cas où il y a un évènement qui n’a pas été cité sur l’une ou sur l’autre et comme les chaines dans mon pays natal sont toutes affiliées à une milice ou à un parti militaire, il se devait de tout voir pour pouvoir se faire sa propre idée de la situation politique.

Mais papa est parti avant octobre 2019, avant le début de la révolution, avant la descente aux enfers, avant les plus grandes crises sociopolitique et économiques de l’histoire de mon pays et il n’y a pas un jour depuis que je ne pense pas à papa voulant lui dire vient voir ce que tu as raté, vient voir ce qui se passe depuis ton départ, c’est là que l’action a commencé, la description du pays que tu m’avais toujours décrit est éteinte à jamais


Mardi 04 Août à 18h, heure locale à Beyrouth, a jailli une double explosion meurtrière qui a balayé le port de la ville, a fait plusieurs victimes, des milliers de blessés, a ravagé une partie de la ville et laissé des dégâts matériels considérables dans l’autre partie. Les déflagrations dont le souffle a été ressenti jusqu’à l’ile de Chypre, ont été provoquées par plusieurs tonnes de nitrate d’ammonium stockés depuis 6 ans dans un entrepôt sans mesures de précaution signe de corruption et de nonchalance chez les dirigeants de ce pays.

Ces déflagrations, les plus dévastatrices jamais survenue au Liban, ont également mis à la rue des centaines de milliers de personnes, alimentant la colère de la population contre la classe politique, corrompue et incompétente qui a mis le pays dans une des crises les plus profondes de son histoire, sur fond d’inflation et dévaluation de sa monnaie, elle a plongé le pays dans une tristesse, une colère susceptible de ranimer les braises de la révolution du 17 octobre.

                
Dans la foulée, une amie a posté sur son Facebook, si Beyrouth pouvait parler, elle aurait dit quoi ? Je pense qu’elle aurait dit : Ça suffit. Elle aurait dit ! Assez, il est temps de vivre en paix ! Ce n’est pas les mots de Beyrouth seule, c’est le cri de cœur de chaque libanais sur terre, c’est les mots de chaque chauviniste qui saura laisser tomber son parti politique décevant et incompétent pour vivre la douleur et la colère de ses compatriotes.

Il n’y a pas de mots pour expliquer ce qui s’est passé, pas d’images qui peuvent capturer la gravité de l’explosion, pas de sentiments qui traduisent la colère, ni l’amertume ni le désespoir. 

Ça fait depuis mardi que je regarde en boucle les vidéos de cette horreur, depuis mardi que je n’arrive pas à quitter mon écran, je suis secouée mais aussi chanceuse de ne pas avoir perdue un membre de ma famille ou un ami dans cette tragédie. Je chante en boucle les paroles « la révolution nait des entrailles de la tristesse ».

Je n’ai jamais participé à un discours politique, à une réunion de parti, je n’ai jamais adhéré à une idéologie précise, je n’ai jamais participé à un rassemblement mais qu’est-ce que je ne donnerais pas aujourd’hui pour être au Liban, place des martyrs avec mes compatriotes pour dire Non !  Non aux dirigeants de notre pays, non à la corruption, non aux escroqueries, non à l’impunité de la classe politique, non à ces dirigeants qui ont peur d’assumer leurs responsabilités, non à l’oligarchie politique non à l’irresponsabilité criminelle sans limite.

Mais aussi non à l’adaptation, non à la flexibilité, non à l’acceptation,

Nos rêves se sont envolés, nos vies brisées, notre espoir anéanti, nos projets démolis, arrêtons d’accepter, de se relever, de faire, de refaire, de reconstruire, de survivre, de renaitre. Je ne veux pas que Beyrouth devient le symbole de la reconstruction, disons Assez !

lundi 3 août 2020

Le mouvement de femmes

La semaine dernière, j’ai passé quelques jours en famille au bord de l’océan. J’étais entourée d’un petit groupe de copains dont mon sexagénaire préféré qui est aussi mon lecteur fidèle. Il m’a fait une réflexion pertinente sur le manque d’articles en ce moment et c’est vrai ! Je ne manque pas d’inspiration, des idées j’en ai, mais c’est le temps qui manque.

Le boulot, les enfants, le confinement, les cafés virtuels avec les copines et la gestion de tout cela bouffe mon énergie à longueur de journée du coup quand j’ai un moment pour moi je le consacre pour faire autre chose que l’écriture. Mais je suis encore là et je vais revenir avec de nouveaux articles et je vais faire plaisir à mes lecteurs, à mon sexagénaire préféré.

Le weekend dernier, sur le net, il y a eu un mouvement de solidarité féminine, de messages privés qui demandent aux femmes de tout âge de choisir une photo d’elles en noir et blanc sur lesquelles elles se sentent fortes et belles et de la poster sur les réseaux sociaux avec le hashtag #challengeaccepted ou #womensupportingwomen (Soutien entre femmes). L’objectif de ce mouvement est de promouvoir la positivité, la sororité et l’entraide entre femmes mais aussi pour montrer la solidarité féminine face à la montée de violences faites à leur encontre.

Si ce mouvement est devenu viral et évoque aujourd’hui la sororité féministe, il ne faut surtout pas ignorer ses origines qui restent encore floues mais nous renvoient à plusieurs faits divers tous en rapport avec la violence faites aux femmes. Je ne vais pas faire une leçon d’histoire car ce n’est pas mon sujet aujourd’hui mais je vais citer 2 faits divers importants qui peuvent être à l’origine de ce mouvement.
Certains disent que le mouvement a commencé avec le récent et formidable discours de l’élue Alexandria Oscario-Cortez qui en répondant, mi-juillet, à une remarque sexiste au Congres américain, a généré nombre de discussions autour du féminisme et de l’empowerment notamment sur les réseaux sociaux.
D’autres disent que ce sont d’abords les femmes turques qui ont posté des selfies d’elles afin de dénoncer le patriarcat et les feminicides. En Turquie, quand une femme est assassinée, sa photo, passée en noir et blanc, fait le tour du pays, dans les journaux, à la télé, sur internet…. Les femmes tuques auraient donc commence à poster des photos d’elles afin de montrer qu’elles pourraient être les prochaines victimes de feminicides et que tout le peuple est concerné par ces meurtres.

Mais aujourd’hui je ne veux pas parler de l’idée de violences contre les femmes, de l’idée de violence faites par les autres, les hommes, le gouvernement, les médias, … Je veux surtout dire stop à l’hypocrisie de certaines femmes et de la violence faites aux femmes par les femmes.

Je soutiens la cause des femmes, je défends le concept de la femme dans sa globalité, je soutiens le droit des femmes, au moins j’ai ça en commun avec mon sexagénaire préféré, car on a toutes des femmes magiques dans notre vie, des femmes qui nous soutiennent inconditionnellement, qui nous aiment comme une vraie sœur, avec qui on a des complicités inattendues, avec qui on avance la main dans la main, on a toutes dans notre vie des femmes qui élèvent mais aussi d’autres qui piétinent ! des femmes bien il y a en plein mais des salopes il y en a plein aussi et elles se cachent derrière la gentillesse et l’amitié mais n’hésitent pas à montrer leur jalousie et cruauté quotidiennes au moindre rayon de soleil.

Je n’ai jamais adhéré à cette idée selon laquelle la femme est une louve pour la femme. Ce cliché qui s’installe dès l’enfance selon lequel la jalousie et l’envie s’immiscent entre les sœurs quand elles s’unissent. Ce qui les désuniraient finalement. Et c’est au cœur des légendes et des contes de fées qui nourrissent l’imaginaire universelle que se nichent les histoires de rivalités les plus primordiales : Cendrillon, harcelée par ses demi-sœurs, et surtout Blanche-Neige, assassinée par sa marâtre qui ne supporte pas d’être supplantée par plus belle qu’elle. Toutes les petites filles du monde ont ainsi grandi avec ces histoires dans la tête.


Je n’ai jamais cru à cette notion de louve contre louve jusqu’à ce que la vie et les expériences m’apprennent à regarder la vérité en face. J’ai été bénie de ne jamais subir de violence, de viol, d’inégalité mais j’ai vécu quelques couteaux dans le dos, des sales coups et tous de la part de femmes. Des petites piques que les femmes peuvent se balancer entre elles peuvent tuer une confiance en soi, peuvent empêcher d’avancer, peuvent parfois briser un couple, détruire une famille.  
Certaines femmes ont une rivalité entre elles qui divise et empoisonne. Certaines femmes vont préférer jouer le jeu des hommes plutôt que de se serrer le coude entre elles. Certaines femmes cherchent toujours à séduire les hommes mariés plutôt qu’à se solidariser de leurs sœurs, moralité de l’homme écartée. Certaines femmes ont poste des selfies en noir et blanc, des selfies de solidarité entre femmes et juste après un message d’amour à l’homme d’une autre ou une pique envers une amie.

Donc il est urgent d’arrêter l’hypocrisie, de prendre conscience, de faire la part entre stéréotype et réalité. Il ne s’agit pas de s’aimer les unes et les autres dans une sororité un peu béate mais de trouver une certaine forme de paix, de soutien, de moralité entre femmes.
Il faut faire tomber les bourreaux, annuler l’hypocrisie et écrouler la forteresse des prédateurs. Entre femmes restons fortes, gentilles entre nous, déterminées, reconnaissantes et s’appuyer indéfectiblement.

lundi 1 juin 2020

Mon enfant intérieure


J’ai fait un rêve cette nuit, un très beau rêve d’une sérénité paisible, d’un calme absolu et d’une tranquillité éternelle. Un rêve apaisant que j’aurais voulu qu’il soit une réalité durable au point de ne pas vouloir me réveiller ce matin.

J’ai fait un rêve dans lequel il y avait une normalité que j’ai perdu il y a un moment maintenant, il y avait autour de moi mes deux parents encore vivants. Ils n’ont rien dit, ils n’ont rien fait mais ils étaient présents. Une présence qui était  rassurante, tranquillisante et sécurisante.

Depuis mon réveil ce matin, je n’arrive pas à m’empêcher de revivre ce rêve mais le plus important c’est l’envie que j’ai de revivre cet état de sérénité.

Toutes mes recherches sur l’intelligence émotionnelle, mes lectures sur les maux du corps, mes séances de rééquilibrage d'énergie se sont alignées cette nuit pour me faire réaliser une vérité: mon enfant intérieur a besoin d’être rassuré. Pour expliquer ce que je décris par l’enfant intérieur, je vais citer Charles Whitfield qui pour lui c’est « cette entité vivante, énergique, créatrice et comblée qui vibre en chacun de nous, c’est-à-dire notre moi véritable, celui ou celle que nous sommes vraiment. »  

Cette vérité je la connais, je discute beaucoup de cela avec mes amies qui traversent des crises existentielles, avec des énergéticiennes qui m’accompagnent ou avec mes enfants mais je n’ai jamais réalisé l’importance de cela et la sérénité que cela procure jusqu’à hier car j’ai vécu ce beau sentiment de bienveillance, ce sentiment de paix, assuré par la présence de mes parents. Mon enfant intérieur m'a envoyé un message, il  pleure sa perte, angoisse de solitude, me demande d’être présente et de le prendre en charge en tant qu’adulte aimant.


Depuis que je suis devenue maman, mon attention c’est tournée vers mes enfants, j’ai mis en application toutes mes connaissances en la matière pour combler leur besoin, être à l’écoute de leurs histoires, les rassurer face aux événements de la vie, et essayer au max d’éviter les blessures émotionnelles futures. Dans le temps passé à donner de l’amour inconditionnel aux êtres chers que j’ai mis au monde, j’ai appris l’amour que peut porter un parent à son enfant et en l’occurrence l’amour inconditionnelle de mes parents envers moi ainsi que la capacité de leur présence seulement à me procurer paix et sécurité. Ils sont les seuls qui veillent sur mon bien-être et m'aiment vraiment et sans retour.

Ainsi depuis la perte de mes 2 piliers, je me suis rendue compte de la souffrance de cet enfant et que, au même titre que mes enfants, il a aussi besoin de moi!
J’avais négligé mon enfant intérieur qui s’est avéré meurtri et qui a besoin de soins, d’amour, de sécurité, de reconnaissance pour renouer avec la joie, la créativité, l’insouciance, la spontanéité et le respect.

Mes parents m’aimaient, me rassuraient, me consolaient, aujourd’hui cette énergie a disparu et cette assurance me manque. Et comme l’univers aime bien faire les choses, mi-septembre un événement a ravivé des traumatismes de mon enfance, en particulier des blessures d’injustices et de trahison et  m’a poussé à claquer les portes du passé et à les refermer à double tour. C’était ma stratégie de défense  car je ressentais trop de colère et de tristesse. Mais la fuite n’a pas été suffisante, depuis j’ai traîné trop de fatigue et de spleen. Aujourd’hui j’ai compris que pour m’en sortir je dois faire face à mes vieux démons, je dois m’aimer, je dois guérir mon enfant intérieur, et c’est ce que ce rêve m’a prouvé. C’était mon message de l’au-delà !