lundi 21 janvier 2019

Un café entre amis


A chaque fois que je rentre de Paris, les gens me demandent: c’était comment? Tu as profité des soldes? C’est bien de partir un peu?

C’est vrai que je profite pour faire quelques emplettes, pour regarder ce qu’il y a de nouveau dans les boutiques de la capitale de la mode et pour me déconnecter de mes obligations de la vie de tous les jours. 

Il n’y a plus de réveil à 06h du matin ni d’alarme pour récupérer les enfants de l'école, il n’y a plus de course pour finir de préparer le repas avant l’heure du déjeuner ni de course pour dessiner un dernier détail sur les plans avant de commencer les devoirs, la douche et le dîner. 

Ce que la majorité ignore c’est que mon plus grand plaisir lors de mon passage à Paris, est de retrouver mes amis, des amis avec qui j’ai passé beaucoup de temps quand j’habitais le coin  et que j’ai vu ponctuellement depuis mon départ à Marrakech. Tous les ans c’est le même scénario, je retrouve mes amis dans mon café fétiche, lors d’une exposition ou autour d’un petit-déjeuner et on se met à refaire le monde, le monde de l’art, du bâtiment, de la science ou même celui du business management! 

Nous discutons des derniers objets d’art de l’Unité patrimoniale des collections des Amériques au musée du quai Branly, de la différence de vie entre Marrakech et Paris, des enfants, nous discutons de l’évolution du bâtiment, des réglementations et des grands groupes immobiliers, des personnes avec qui nous avons travaillé, de leurs projets ou leurs déboires, nous discutons de la fusion des grands groupes genre carrefour Fnac ou Darty et du marché économique français ou même mondial.

Il nous arrive aussi de discuter de la situation au proche orient, du conflit israélo-palestinien sans trop s’attarder sur le côté politique mais sur le côté humain, de la différence de management et de l’invasion des marchés occidentaux par des produits de la région.
Il suffit à un pays voisin du nord ou du sud d’inclure dans les menus de restaurants à l’étranger le taboulé,  le humus,  les feuilles de vignes  farcies ou d’autres plats libanais pour que ces plats soient associés indirectement dans la tête des adeptes de ces restaurants à l’art culinaire de ce pays. La question tourne autour de la nonchalance de notre office de tourisme libanais ou intelligence des peuples voisins? Pourquoi nous libanais connus pour être un peuple intelligent ne mettons-nous pas cette qualité en faveur de notre pays? 

Entre la crise économique de mon pays natal, la critique sociale artistique incarnée par Basquiat ou les progrès environnementaux restant à faire dans le bâtiment, le mélange de mots devient vif et viscéral créant des moments forts de partage et de rêves en perspectives.
Ce sont des rencontres inspirantes qui façonnent mon chemin, la personne que je suis et que je ramène avec moi à Marrakech.


samedi 29 décembre 2018

5 min d’inattention


Je pars demain avec mari-idéal et mes 2 mini monstres passer les 2 derniers jours de 2018 dans un bled perdu loin de la civilisation, sans connexion Wi-Fi ni 3g. On va passer les 2 derniers jours de 2018 avec les amis, en connexion avec la nature et à la bonne franquette.

Pour cela j’ai préparé aujourd’hui du kibbeh, une des entrées phares de la gastronomie Libanaise que l’on retrouve traditionnellement dans le mezzé mais qui existe aussi sous différentes inclinaisons. Le kibbeh est devenu mon plat fétiche surtout après le décès de ma maman chérie. 
Elle a toujours était connue pour son fabuleux kibbeh, recette qu’elle a hérité de sa maman, ma grand-mère et qu’elle m’a donné quelques mois avant sa mort. C’était une recette passée de mère en fille depuis le déluge…. Et même avant.
Cette tradition culinaire ne pouvait pas s’arrêter chez moi, je ne pouvais pas l’accepter. Je me suis mise à la perfectionner depuis maintenant 3 ans jusqu’à devenir ma signature entre les copains et à gagner le trophée du meilleur kibbeh de Marrakech et de ma famille.
A chaque fois que je cuisine ce plat, je m’applique, comme à la veille d’un examen, d’un rendu final de projet ou d’une présentation quelconque.

Mais aujourd’hui je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la semaine dernière, à la suppression du repas de vendredi à la maison suite à une très grande cuite la veille, la meilleure de 2018. J'avais peur des 5 min d'inattention.
Les invités devait venir manger le kibbeh à la maison vendredi midi mais de peur de les décevoir et de perdre ma réputation j’étais forcée d’annuler le repas et de les orienter vers d’autres tables plus sures. Ce que je ne savais pas c’est que la veille, avec ces mêmes invités, j’ai perdu ma réputation mais pour un sujet complètement différent.

La veille nous sommes sorties comme d’habitude manger un petit coup et boire juste un verre entre copains. Nous avons commencé par un repas léger et quelques bouteilles de vins entre potes. Il y avait parmi nous un nouveau arrivé dans le groupe qui voulait faire bonne figure, relever le niveau de son frère ex-membre et rétablir une relation de bon drinkeur (mot que Google me corrige en draineur, je ne vois pas trop la différence)
Puis nous sommes allés rejoindre un autre régulier dans une des boites de Marrakech pour faire honneur à nos traditions, inutile de préciser que nous avons continué à boire, à marier les couleurs, les liquides, les cinquante autres élixirs et à mélanger les fils et les pinceaux.

Quand on est content et qu’on fait la fête, il peut nous arriver de baisser la garde surtout quand notre soldat en charge de nous surveiller se trouve à Rome.  De toute façon nous ne sommes jamais en garde face à une femme, créature considérée par les non connaisseurs comme étant faible. Notre sexagénaire, ce soir-là, ne se doutais pas de la suite des événements quand il a invité une jeune femme à notre table pour boire un verre et plus si affinité. Cette femme a essayé à plusieurs reprise de convaincre notre nouveau arrivé d’ami, que, moi, la seule fille du groupe, aime pas les mecs pendant que, moi, la seule fille du groupe dansait décemment à coté de mon mari-idéal.

Il a fallu que mon mari-idéal nous laisse 5 min pour aller faire un tour aux toilettes pour que cet intrus de jeune femme m’agrippe par le bras et utilise la danse comme arme de séduction ou invitation au flirt. Pendant 5 min, elle a mené la danse, pris des initiatives, décidé des passes et s’est lâchée sur le Kino.

Il a fallu de 5 min d’inattention pour me refaire une réputation surtout que notre sexagénaire favori a trouvé le spectacle chaud bouillant pour son imagerie mentale. Nous habitons dans une bulle, un beau domaine privé identique à un village ou rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme !


vendredi 16 novembre 2018

"Le Beaujolais nouveau est arrivé !"


Je la fais courte aujourd'hui.

Depuis mon atterrissage à Marrakech et jusqu’à hier soir, je n’ai plus fêté l’arrivée du Beaujolais nouveau. Le slogan « Le Beaujolais nouveau est arrivé » n’a plus résonné dans ma tête comme quand j’ai habité Paris, où il résonnait toute la journée du troisième jeudi du mois de novembre dans les caves et les bistros français.

L'arrivée du beaujolais nouveau est une tradition fêtée depuis plusieurs années en France et dans de nombreux pays. Le troisième jeudi du mois de novembre de chaque année marque le début de la vente des premiers vins beaujolais. À précisément 0 h (soit le mercredi à 24 h), la commercialisation peut commencer. 
S'il bénéficie d'un tel engouement, c'est d'abord que le Beaujolais nouveau qui sera bu à partir de jeudi n'est disponible que sur une durée limitée. Il est en général consommé dans les quinze jours qui suivent l'ouverture de la première bouteille.
Le Beaujolais nouveau est en effet un vin primeur, jeune mais c’est aussi un vin plus festif que les autres, un vin plus convivial, un vin de soif, un vin d’amitié.

Un vin d’amitié que nous avons honoré hier avec les copains, nous avons eu l’occasion de célébrer la naissance du nouveau vin de l’année comme si on fêtait l’arrivée du printemps. Nous avons passé une agréable soirée autour du vin, du fromage, de la charcuterie et nos discussions ont vêtues la robe rouge vif, limpide, brillante, acidulée et fruitée du Beaujolais.


Nos discussions fraîches et jeunes ont décidé de changer de groupe pour passer de baronne à cochonne ou de comtesse à tigresse. Nous avons refait le monde, commenté les choix de certains proches, le fossé creusé par la différence de culture, les expériences ultérieures qui peuvent guider nos décisions aujourd’hui mais aussi comment se tromper de trou en glissant peut avoir un impact décisif sur notre vie.

Nous savions que cette soirée n’allait pas durer à l’image de la commercialisation du Beaujolais......
Mais pour l’espace d’une soirée, nous sommes redevenu jeunes à reparler des premières expériences sexuelles avec les filles, les codes de disponibilité de l’époque allant de la petite fente de la jupe pour la fille sage à la fente plus longue pour la salope, mais surtout comment  montrer aux filles la koutoubia et par grande forme leur montrer le toupkal!

Juste avant la soirée, lors du repas du midi, un ami, incarnant la sagesse et la raison, rectifiait nos expressions et transformait le jargon de l’architecte en jargon classe et noble. Quand “enculer les mouches” devient “sodomiser les insectes” et quand la sagesse refuse de rester passer la soirée avec nous les conversations partent en vrille! 

Nous n’avons pas eu le temps de se bonifier comme un bon vieux vin, nous sommes restés fidèle a l’image du vin primeur, nouveau et jeune. Enfin, le Beaujolais nouveau est arrivé, l’amour, la gloire, les déboires et les festivités aussi!!!!

Je me comprends.....

lundi 22 octobre 2018

Permis de conduire


A l’époque où j’ai passé mon permis de conduire je ne savais pas que c’était un test que j’allais continuellement passer chaque jour de ma vie et ce jusqu’au restant de mes jours.

Je me rappelle quand j’étais plus jeune, j’avais une peur insurmontable en voiture au point de rendre ma mère folle. Du coup quand j’ai eu 14 ans elle a décidé de commencer à me donner des cours de conduite elle-même pour essayer de dompter cette peur avant de devoir passer le permis. J’ai eu des cours avec elle tous les jours, sur des routes proches de notre village, des routes qui passent par plusieurs zones montagneuses avec des chaussées étroites, des courbes, des contre-courbes, des montées et des pentes au tracé sinueux.

Ma mère était une pro du volant, elle avait une concentration irréprochable, une position de conduite professionnelle et connaissait les règles de sécurité par cœur notamment celle des 2 secondes. Même si elle avait du mal à respecter les limitations de vitesses, les autres usagers de la route et la courtoisie au volant, elle connaissait parfaitement son véhicule, son fonctionnement et ses limites.

Vu que mon père était souvent absent pour son travail, c’était ma mère qui nous conduisait à l’école, en vacances, chez la famille un jour de pluie, chez les amis un jour de soleil et parfois aux abris sous les bombardements. Elle ne laissait passer aucune occasion pour nous rappeler, à mes frères et moi, qu’elle avait fait une cascade avec une petite fiat rouge lors d’un rallye quand elle était jeune, qu’elle a roulé sur 2 pneus et que surtout la conduite, pour elle, est un vrai plaisir, le plaisir de faire crisser les pneus, démarrer en trombe et faire des dérapages au frein à main.
Je ne peux pas nier que je n’aurais jamais rêvé avoir un meilleur moniteur pour apprendre à conduire et passer mon permis dès la première fois (petit clin d’œil à ma meilleure lectrice/éditrice qui se reconnaitra en lisant cette phrase)

Depuis l’obtention de mon permis et les cours de conduite avec ma mère, je n’ai jamais cessé d’apprendre et de m’améliorer, que ce soit avec les copains d’archi passionnés de formule 1 qui passait des enregistrements de voitures rapides en boucle lors de nos charrette, ou avec les copains motards qui sillonnent les routes périlleuses de la France, la route 40 de l’Argentine et les gorges du Dades au Maroc ou avec mon mari-idéal adepte des émissions auto-moto, turbo et de la chaine AB moteur, qui deux mains sur le volant et deux fesses sur le baquet me raconte souvent l’évolution de modèles automobiles mythiques.

Si toutes ces discussions, émissions, échanges et la peur de la perte de points sur le permis de conduire me poussent à appréhender la conduite en respectant les limitations de vitesse, les interdictions, les dangers, les règles de stationnement etc. ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde.

Tous les matins à l’heure où je dépose mes enfants et les après-midi à l’heure de la sortie de l’école, j’ai l’impression de repasser mon permis de conduire, de tester mes connaissances sur les limites de mon véhicule et de réviser les règles du code de la route.
Il m’arrive aussi de tester ma patience et ma courtoisie envers les autres conducteurs, parents, chauffeurs ou nounou, venant déposer ou récupérer des enfants.
Il m’arrive d’engueuler des chauffeurs qui insistent pour se garer dans un demi-emplacement très étroit entre 2 voitures et qui te niquent la voiture pour pouvoir ouvrir leur portière et descendre!
Il m’arrive aussi d’halluciner devant ces chauffeurs qui se garent du coté opposé par rapport à l’école et qui traversent la route nationale avec les enfants pour éviter de marcher 5 min dans le parking, vive la sécurité et la bonne conscience.
Il m’arrive parfois de vouloir donner des cours à madame qui ne sait pas différencier entre stationnement et arrêt, deux notions très différentes, qui n’a peut-être jamais lu le code de la route mais qui roule en berline de luxe. Madame, qui croit, vu le prix de la scolarité, avoir financé la construction et la survie de l’école, veut se garer en priorité devant la porte d’accès, dans une zone non réservée au stationnement et bloquer par-dessus le marché le passage des autres véhicules ajoutant son grain de sel à tout le bordel que nous avons déjà sur la zone de parking de l’école.
Bordel de parking dans lequel on trouve plusieurs écoles : ceux qui touchent au créneau, ceux qui foirent lamentablement, parfois de manière spectaculaire et ceux qui ont décidé de ne pas trop se laisser emmerder et se garent comme des merdes sans pression.
Il m’arrive parfois de vouloir expliquer à certain que conduire est un privilège et non un droit qu’il faut respecter en adoptant une conduite professionnelle dans le respect des consignes de sécurité sur la route, dans le parking et surtout devant une école.

Quel bel exemple ces gens donnent à la future génération ! Un tour dans le parking résume tout !

Alors, pour conclure je dirais à tout ceux qui clament que la conduite à Marrakech est une véritable catastrophe ou défi, à ceux qui disent que les marrakchis ne conduisent pas mais ils se déplacent,  je veux dire venez faire un tour dans le parking devant l’école de mes enfants !

mercredi 19 septembre 2018

Nettoyage de printemps aux portes de l’automne


Pour certains de mes amis je suis une bonne vivante, pour d’autres je suis une encyclopédie ambulante, pour certains je suis une amie fidèle, pour mes frères je suis en quête permanente de perfection. Chacun son idée de moi.
La définition de chacun de nous dépend de notre comportement avec les autres, de notre éducation, de notre rapport avec nous-mêmes. Cette image que nous véhiculons aux autres n’est autre que l’impression que nous laissons à nos interlocuteurs. 

Je considère que durant notre vie nous devons garder une image cohérente, pertinente de nous-même, une image qui reflète notre personnalité, notre identité et surtout une image porteuse de sens.
Notre image évolue et change évidement avec le temps, les circonstances et le parcours de la vie mais elle ne vire pas à 180 degrés. Néanmoins, reste toujours intactes cette essence irréductible, cette personnalité, cette intégrité et ces valeurs qui nous caractérisent.

Malheureusement ce n’est pas le cas de tout le monde.

Depuis 2 ans, des amis de longue date sont devenus des inconnus, des amis avec qui j’ai fait les 400 coups, des amis pour qui j’ai défié les volontés de mes parents, des amis avec qui j’ai eu plein de souvenirs d’enfance et qui au fil des années ont changé d’attitude. C’est facile aujourd’hui de se dire ami, surtout à une époque ou même la personne la plus esseulée du monde peut s’inventer des palanquées en virtuel. Ce n’est pas de ce genre d’amitié que je parle, mais de ceux avec qui j’ai porté le fardeau de la vie pendant mes années d’adolescence avec nos problèmes de l’époque, ceux qui sont comme des Etoiles et qu’on ne peut reconnaitre que quand il fait sombre autour de nous comme le dit Bob Marley.

Depuis 2 ans, j’ai été, plusieurs fois, invisible à leurs yeux, je n’ai même pas eu l’esquisse d’un sourire ou la bonté d’un bonjour. J’ai eu l’impression de toujours faire un effort pour communiquer avec eux et de me vider de mon énergie en leur présence. De ce fait, nombreux de mes rêves se sont brisés et la plupart de mes illusions et autres espoirs sont partis en fumée.
Le pire c’est que ce n’est pas qu’avec moi, ils ont coupé les ponts avec plusieurs membres du groupe, avec mes copines proches, avec les gens de la même communauté et avec qui on a grandi.

Que s’est-il donc passé ? Comment peuvent-ils être si différents tout à coup ? Pourquoi ne ressemblent-ils plus aux personnes qu’on a connues au début ?
J’ai essayé de chercher une justification, j’ai fouillé dans mes souvenirs en quête de signes, j’ai essayé de comprendre, j’ai fait beaucoup de recherches sur le comportementalisme humain et d’après des études approfondies de psychologie et d’analyses des comportements, j’ai compris que les gens ne changent pas mais simplement ils n’ont jamais été comme on les imaginait, nous avons juste ouvert les yeux.  

En réalité, ces personnes n’ont pas changé du jour au lendemain, elles n’ont simplement jamais été telle que j’ai pu les imaginer au départ.

Quoi qu’il en soit, j’ai accepté cette situation, j’ai nettoyé mon esprit de nos relations improductives car ils faisaient baisser considérablement mon niveau d’énergie. Leur date de péremption a été dépassée de loin.

Ce qui est merveilleux dans cette histoire, c’est que lorsque j’ai eu le courage de me débarrasser de mes vieux amis ennuyeux, j’ai retrouvé de l’espace pour attirer de nouvelles relations agréables et fortes. J’ai laissé rentrer dans ma vie de nouvelles personnes que je connaissais sans vraiment connaitre et à qui je n’ai jamais donné de chance car j’étais trop dominée par mes anciennes relations.

Du coup c’est ce que je conseille à mon autre amie d’enfance qui a souffert comme moi du changement de comportement et je lui dis que les amis c’est comme le vin : un grand cru va se bonifier avec le temps, une piquette deviendra du vinaigre et finira par nous rendre malade. Et il vaut mieux avoir peu de grands crus dans sa cave que plein de piquette……



lundi 10 septembre 2018

Équilibre


Cet été j’ai passé 5 jours à l’hôpital avec mon papa, j’ai passé 5 jours à parler de scan, d’examens, d’analyses et de taux élevés ou bas, 5 jours de recherche de l’équilibre du taux de créatinine, du diabète, du potassium et des coagulants. 
5 jours que les plusieurs médecins « tous corps d’états » enchaînent analyse sur analyse pour trouver le bon rapport, les bons résultats et par la suite l’équilibre...

L’équilibre, l’harmonie ou l’état de stabilité résulte de la juste proportion entre des éléments opposés ou forces antagonistes. Si le corps est créé avec un certain équilibre, tout disfonctionnement  peut provoquer une chute, une anomalie ou une maladie.

Comme dans la vie, le couple ou au sein d’une famille. 

Ca me ramène à une discussion que j’ai eue avant avec un architecte d’un certain âge qui  navigue entre son agence au Liban et son autre agence à Paris. 6 mois ici, 6 mois là-bas.
Il a partagé avec moi son parcours professionnel autour d’un café chez Pierre Hermé  mais aussi son parcours perso, ses aventures, sa notion du couple et sa vision de la vie. Je l’avais perdu au milieu de son monologue quand il a commencé à critiquer 2 de mes collègues de promotion qui ont bossé avec lui mais il a re-retenu mon attention ou ma colère quand il m’a dit qu’ « une femme/mère au foyer voit son homme réussir dans son travail et gagner bien sa vie devient jalouse, folle, dépressive et lui pourrit la vie. Elle ne veut pas voir son mari réussir ».
Pour lui un homme doit pouvoir bien gagner SA vie et profiter seul de ce succès en voyageant, accumulant les sorties, les fêtes et les activités annexes.

A l’écouter je suis devenue folle de rage. Ceux qui me connaissent bien savent que je n’ai pas pu m’empêcher de répondre : Equilibre mon vieux  il n’y a pas que la femme dans le couple, elle ne t’a pas forcé à te marier ni à fonder une famille. C’était un engagement mutuel des deux partis.

Une femme ne devient pas dépressive car son mari a réussi mais cette réussite peut briser un couple si elle rompt l’équilibre. C’est-à-dire la priorité est donnée au travail, aux activités annexes, aux plaisirs personnels et le tout au détriment du couple et de la famille.
C’est comme l’expérience du grand pot vide qu’on remplit de grands cailloux, de graviers, de sable et d’eau et de laquelle on tire l’importante leçon de vie sur la priorité et l’intérêt de mettre les grands cailloux en premier sinon on risque de ne jamais pouvoir les placer par la suite, ne jamais réussir car notre vie sera remplie de peccadilles. A chacun de définir ses gros cailloux.

Ces activités annexes, le travail ou les peccadilles deviennent de véritables rivales pour la femme, La “liaison amoureuse” extra-conjugale n’est pas forcément sexuelle, mais le sentiment d'abandon et/ou tromperie est le même!
Et puis, c’est facile de détruire un couple, il suffit d’oublier les priorités ainsi par la suite l’Amour avec un grand « A » commence à s’éteindre.

Quand un homme et une femme choisissent de s’unir et se s’aimer, ils choisissent, normalement, par Amour, de prendre soin de l’autre et de le rendre fier, le supporter et l’accompagner dans les difficultés comme dans les victoires.
Il y a le Soi, l’Autre et la Relation. Une triangulation qu’ils se doivent de respecter, de nourrir et de protéger. C’est le terrain d’entente (et de batailles) où on communique directement et indirectement. C’est la raison même du couple. C’est ici que se construisent les plans, les projets, l’Avenir proche ou lointain et les rêves qui y sont associés. C’est avancer ensemble en équilibre.

L’équilibre entre l’interne et l’externe. Cet équilibre n’est pas nécessairement 50-50. Il faut plutôt que les deux soient en accord et puissent se retrouver dans le milieu intime puis s’ouvrir aux autres, en ayant toujours la solidité, de l’amour et du respect via les compromis et selon les gouts et les envies.

Pour résumer ma réponse, Aucun triangle n’est parfait, il nécessite cependant 3 cotés pour pouvoir exister et un équilibre entre les différentes forces majeures.



vendredi 1 juin 2018

La limite en amitié


Il y a quelques années, j’ai rencontré deux mamans à l’apparence sympa, zen et cool. On a été amenée dans différentes occasions à se côtoyer, à discuter, à déjeuner ensemble de temps en temps, boire des cafés et parfois même refaire théoriquement le monde.
       
Ces mamans côtoyaient chacune un cercle différent avant de se rencontrer mais l’amitié de leurs enfants les a rapprochés l’une de l’autre. Chacune des mamans avait sa vie de famille, un mari qui bosse beaucoup et des enfants polis. Leur vie paraissait idéale de l’extérieur.

Ces deux femmes ont commencé à passer du temps ensemble,  à faire du sport ensemble, déjeuner tous les jours ensemble, elles ont réussi à tout partager ensemble et les enfants se voyaient de plus en plus au point de devenir des super amies! 
Plus les journées passaient, plus leur amitié se soudait laissant place aux sorties entre filles qui devenaient plus fréquentes et à l’alcool qui coulait à flots. Tout semblait aller bien pour ces deux amies, la vie leur souriait, le bonheur aussi.

Et puis un jour, j’apprends  que l’amitié que je voyais de loin s’est transformée en amour, les maris n’ayant rien vu venir sont tombés des nus, les couples se sont brisés mais un autre couple homo s’est formé. Aujourd’hui elles sont parties vivre loin et refaire leur vie ensemble.

Il y a eu dans leur comportement une sorte de compensation. Les deux femmes, qui étaient hétéro, mariés avec des enfants, sont devenues très copines, elles se racontaient tout, passaient tout le temps ensemble. Leur amitié est venu combler le vide créer par l’absence des maris et donner naissance à un amour qui lui se nourrit de présence, de communication et de partage.
Elles ont su être à l’écoute l’une pour l’autre, présente l’une pour l’autre, compréhensives et généreuses émotionnellement. Elles n’avaient pas besoin de mendier l’attention de l’autre et encore moins son amour.

Quand je parle de maris absents ou de femme absentes, ma définition va au-delà de la présence/absence physique, de l’absence pour le travail, la n’est pas du tout le sujet. Le conjoint absent se définit par quelqu’un qui n’accorde pas de l’attention à l’autre, qui ne le fait pas se sentir important, quelqu’un qui passe du temps (même peu) avec l’autre quand l’autre en a besoin et pas seulement dans son propre intérêt, quelqu’un qui s’intéresse à l’autre sans rien attendre en retour et qui accorde une place importante à l’autre dans sa vie.

La relation de mes deux amies a montré ce qu’il y a de plus simple, la personne qui mérite d’être avec nous est celle qui, ayant la liberté de choisir, se rapproche de nous, nous apprécie, nous consacre du temps et pense à nous. On dit le manque de temps n’existe pas, contrairement au manque d’intérêt !

Donc la souffrance émotionnelle fonctionne exactement comme la souffrance physique et un homme/femme absent mine son couple au risque de voir un ami, avant même d’arriver au redoutable amant, prendre sa place. La base solide des couples se fragilise avec le temps par le manque laissant le choix au partenaire de choisir entre vivre ou survire dans la relation.

Tout ceci m’amène aux questions sur l’amitié, les couples, les relations et les limites. Quand Une amitié peut-elle remplacée un amour et le transformer? La dépendance sur un ami peut-elle faire oublier la femme de sa vie et la remplacer?
Un ami malheureux peut-il influencer un autre couple par sa présence et son intrusion?

Avant on partageait des secrets, on avait hâte de se retrouver pour tout se raconter maintenant on raconte tout à notre ami, est-ce un signe de malaise dans un couple?
Et pour finir, faut-il se poser des questions sur les limites et la place des amitiés?