dimanche 24 mars 2013

Le 20032013

 
 

Ce 20 mars c'est ton anniversaire, tes 64 ans. Pour la première fois, tu as manqué à l'appel, je ne peux pas t'embrasser, te souhaiter un joyeux anniversaire, je ne peux pas t'appeler ou t'écrire!

Je ne veux pas te faire d'éloge sur le net, mon avis tu le connais, je veux juste marquer le jour, la date et le cri de cœur d'une fille devenue à moitié orpheline!

Etant quelqu’un qui a su se faire aimer autant, tu ne peux mourir en entier. Tu es une grande dame qui n’a laissé personne indifférent. Ta ténacité́ et ta joie de vivre, même dans la maladie, te rendaient attachante, et l’on doit s’en inspirer. Une femme aussi remarquable ne nous quitte jamais tout à fait. Tu vis au plus profond de notre cœur et, pour te revoir, il nous suffit donc de fermer les yeux.
 
Avec ta joie de vivre, je t'imagine, tous les soirs, me chuchoter à l’oreille, « La vie est trop belle, il faut en jouir… »
Je t’aime….

lundi 28 janvier 2013

A pattern unit


Je viens de finir la séance de devoir avec mon sabi concernant les « Pattern Unit ». Une séquence répétitive de 3 éléments qui se suivent, empilée l’une derrière l’autre pour faire « the pattern ».

Juste après je sors prendre l’air, griller une clope sur le perron de la maison, dans le jardin pour éviter d’enfumer les autres membres de la famille et pour contempler le beau ciel étoilé. Il faut que j’avoue, au passage, adorer le ciel la nuit et la lune à Marrakech. C’est un très beau tableau que nous offre la nature, un claire de lune très lumineux dans un ciel dégagé toujours au rendez-vous, un paysage nocturne encore plus éclairé qui peut être facilement repris par de nombreux romanciers, peintres, illustrateurs, cinéastes, conteurs ou une bloggeuse à la quête d’un moment romantique après un épisode de devoirs.

Pour revenir à mon sujet principal, je regardais le beau ciel donc et la pleine lune quand je remarque la présence d’un palmier dans mon champ de vision. Le palmier a toujours été pour moi un souvenir de mon enfance en Arabie saoudite. Dans tous mes souvenirs, quand je ferme l’œil ou dans mes photos d’enfance,  il y a un palmier ou des centaines de ce dernier. Ils étaient la, lors des piqueniques dans des forets de palmiers, sur le chantier de papa, dans notre jardin, dans la rue…..

D’un coup, une idée me traverse l’esprit.
Apres 34 ans passées en Arabie saoudite, au Liban et en France à raison de 11 ans en moyenne dans chaque pays, après 34 ans de ma vie, je me retrouve à côtoyer des palmiers.

Serais-je aujourd’hui en train de refaire cette boucle, à rempiler les années dans les 3 pays qui ont contribué dans ma vie pour faire un « Pattern unit » ? Vais-je passer encore 10 ans à Marrakech (pays arabe = Arabie saoudite dans ma vie d’avant) avant de rentrer au Liban ? Et 11 autres années avant de retourner vivre en France ?

Il n’y a que la patience pour confirmer ma théorie, mon intuition, mon « Life Pattern »

jeudi 3 janvier 2013

Mon dernier mot à ma mère

 
 
C'était la nuit du samedi 22 au dimanche 23 décembre 2012 quand j'ai invité une amie pour boire un verre chez nous. Je sortais de deux jours à l'hôpital et j'avais une envie de boire, de me saouler, j'avais ce sentiment qu'il n'y avait pas de lendemain.

Puis, à un certain moment, je ne pouvais plus continuer, je pars me coucher, je regarde ma montre qui affichait 02:20 et je ferme mes yeux. De l'autre côté du pays, à l'hôpital tu as fermé les yeux pour ne plus jamais les ouvrir puis ils ont annoncé : "time of death 02:20".
Le lendemain j’ouvre mes yeux pour découvrir que ma vie a changé, pour la voire différemment!

Du Liban aux états unis, tu as parcouru les continents en quête de remède. Du Liban à Marrakech tu as volé pour t'assurer de ma qualité de vie.
Du lundi au vendredi tu m’as prouvé ta force, ton courage, ta volonté de vaincre la maladie et ta passion pour la vie.

Dernièrement, de ton lit d'hôpital à ton tombeau, et pendant tes funérailles, tu m'as donné des conseils de dernière minute, tu m'as demandé de prendre soin de ta grande famille me les citant un par un, tu m'as obligé à devenir adulte, tu m'as beaucoup appris.
Tu m'as relayé tes responsabilités, tu as placé la barre très haut et en plus tu m'as quitté très tôt.
 
Pour ma part, il y aura un avant dimanche 23.12.2012 et il y aura un après. Ils avaient prévu la fin du monde ce jour mais je ne savais pas qu'il ne me concernait qu'à moi.

Quand l’esprit se détache


Il m’est arrivé plusieurs fois de commencer à raconter ce phénomène de disjonction de mon âme et de m’arrêter juste après, faute de temps, de volonté ou de conviction.

J’ai souvent cru que ce que je sentais relevait de l’imagination très poussée ou de l’exagération de la créativité sans vraiment analyser ce fait, ni le juger et ceci jusqu’à ce jour, à l’hôpital, aux côtés d’une personne suspendue entre ciel et terre, un corps allongé, frêle et un esprit voyageant dans l’histoire, son histoire, vagabondant d’une personne à l’autre, d’un lieu à un autre, vivant, actif et désorienté.

Loin d’être le même scénario, mon détachement, aussi fréquent que les réunions de chantier, ressemble un peu au survol de son âme au-delà des limites de son corps, de la pièce, du présent.

Il y avait de ces moments dans ma vie de tous les jours que j’estimais longs, banales et pas intéressants. Je jugeais ma présence inutile autour de la table de la salle de réunion ou autour de la table basse du salon chez des connaissances. Je ne pouvais pas quitter la pièce, je ne pouvais pas tout simplement sortir, disparaitre, alors j’y laissais mon corps !

Mon moi, mon âme, mon esprit se détache pour se cacher derrière ce corps qui devient, pour l’occasion, semblable à l’armure en métal du guerrier du moyen-âge. Mon corps s’identifie à cette armure utilisée durant les batailles pour protéger le corps dans sa plus grande partie des coups de l'ennemi et vient protéger, cacher, isoler mon âme des regards et présence d’autres personnes. Je réussis à ce moment bien précis et à travers les trous du crane destinés à abriter les yeux, à contempler, à regarder,à me méfier des gens autour comme le ferait ce guerrier sur son cheval à travers son heaume.

Dans mon corps, mon âme devient étrangère, prisonnière et ne demande qu’à s’éloigner, sortir, s’évader rappelant Axel Villiers de l’Isle-Adam qui dit : « vivre ? Les serviteurs feront ça pour nous »

Aujourd’hui et sous l’effet de la morphine, cette personne chère m’a confirmé que corps et âme ne font pas forcément un tout le temps et que quelque soit notre constitution, notre fonctionnement , notre vie «  tous les sièges disposent de la même vue sur l’univers » (Réf. guide du musée, planétarium Hayden)

lundi 26 novembre 2012

La notion de moitié


Régulièrement, et depuis que j’ai quitté le Liban et que j’ai obtenu la double nationalité franco-libanaise, les gens me demandent si je me sentais « plus libanaise » ou « plus française », question à laquelle j’ai souvent répondu « moitié/moitié » par soucis d’équilibre et d’équité.
 
Aujourd’hui en survolant la méditerranée, je me suis retrouvée à mi-chemin entre mon pays d’origine et mon pays adoptif, partagée entre 2 pays qui ont forgé mon identité, 2 pays qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Mon « moi-même » je l’ai construit, transforme tout au long de mon existence. Quand j’ai commencé à avoir un rôle principal dans cette transformation, je partageais ma vie a la lisière de mes 2 pays, de 2 langues, 2 cultures et c’est dans ce partage que je trouve mon équilibre, ma notion de moitié.
 
Ce qui me ramène à un matin dans le métro il y a plus d’un an quand je me suis pressée, comme tous les matin, pour me trouver une place assise afin de pouvoir lire mon cosmo tranquille car, je l’admet, il n’est pas évident de le lire debout, serrée comme une sardine et tourner la page tout en tenant la barre du milieu !
 
Donc avant de rentrer dans le wagon je repère avec l’œil d’une experte deux places libres, je fonce pour prendre la première quand une experte en la matière saute la prendre avant, je fonce et saisi la 2eme place encore libre quand je me retrouve à côté d’une énorme personne en taille et en volume. Il ne me restait plus que la moitié de la moitié de la place. Je n’étais pas à l’aise car il n’y avait pas d’équité, pas d’équilibre.
C’est comme dans un couple ou les deux moitiés égales  forment une entité à part entière et ne sont complètes, à mon avis, que unies. Il suffit que l’un d’eux parte pour que le couple se déstabilise.
 
Je reviens à mon identité, je la compare à un verre rempli à moitié par une religion, une culture, une langue voire deux, un village, des amis, des études jusqu’au jour où j’ai choisi d’immigrer en France et remplir ce même verre avec une autre culture, une autre nationalité, un autre mode de vie, une activité professionnelle….
Aujourd’hui au Maroc, je vis un blocage complet, un blocage contre un dialecte, un pays, une culture, … ce blocage serait-il le résultat d’une identité forgée, d’un verre bien rempli ?
Si je dois m’adapter cela signifierait-il que je dois vider une petite partie du verre, abandonner une partie de mes 2 cultures préférées ?
 
Je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi mon évolution-adaptation-intégration-t-elle été si positive en occident et si décevante dans le monde arabe ? Serait-il car l’occident est pour moi le symbole de l’aventure, de la liberté, de la spiritualité et du pouvoir  et que c’est la définition que je veux donner à mes deux moitiés devenues mon identité ? Ou serait-ce parce que je clame la modernité que je me retrouve déphasée ?

vendredi 9 novembre 2012

Comme une prière ou un moral bas

 
Quand nous savons qu’on risque de perdre à tout moment une personne chère, une partie prenante, décisionnaire et prévoyante de notre existence, nous savons aussi que le moral aura ses phases de spleen et de dépression.
 
Quand une amie nous annonce qu’elle vit la peine que nous vivons pour son jeune mari, ça ne peut qu’augmenter notre peine, nous enfoncer.
 
Il y a de ces jours ou tout semble noir, ou l’on se demande pourquoi on a choisi telle ou telle destination, pourquoi on perd notre vie à la gagner?
 
Mon pays d’origine et moi vivons une histoire d’amour destructeur ! Je l’adore pour son exotisme, je le hais pour son instabilité. Je l’adore pour sa sociabilité, je le hais pour sa sauvagerie.
Je ne sais pas vraiment pourquoi je parle de lui, c’est peut-être parce que je lui reproche sa fragilité qui m’éloigne de lui, de ma famille.  Ma conviction-religion-éducation ne me permet pas de blâmer le bon Dieu pour ce qui me fait subir ni pour les épreuves qui met sur mon chemin. Il faut bien trouver un fautif !
 
Il n’y a pas plus triste que d’être loin de sa famille surtout quand celle-ci vit la maladie, la tristesse et la souffrance. Il n’y a pas plus dur que d’être à l’écart des problèmes au lieu de les vivre avec les autres. Il n’y a pas plus difficile que d’être partagé entre l’avenir d’une jeune génération et le destin d’une  autre qui s’éteint.
 
Mes pensées, mon âme, mon cœur et tout mon esprit sont avec toi, minute par minute, seconde par seconde, le temps ne passe plus, il s’est arrêté le 14 février 2011, le jour où tu m’as annoncé la mauvaise nouvelle.
 
Je refuse de te perdre, je souffre en silence mais accroche toi !

Un collègue qui en dit long

Hier et pour la première fois depuis que j’ai repris le travail, nous avons eu une longue et intéressante discussion autour de l’aménagement des espaces, l’utilité de certains et le rôle de la religion dans la conception.


Nous avons commenté l'utilité d'un sas et ce que peut apporter ce petit espace comme intimité, isolement et déconnection dans un pays où les "Samantha" sont interdites et où voir la poignée d'une femme relève du haram!

Il est intéressant de voir comment l'architecture, l'espace et la conception sont conditionnés par la religion ou la culture.

Puis arrive l'organisation des futurs bureaux de l'administration sur le chantier et l'installation des WC. Quand un français propose de mettre temporairement un WC chimique pour utilisation homme/femme, the collègue qui aime marquer des points essai me m'expliquer qu'ici cette solution n'est pas envisageable, les gens ne peuvent pas l'accepter.

Il me demande: "tu es sortie te balader dans les rues avant le aïd?"
Sous mon air étonné il continue: " As-tu vu les familles sur les mobylettes? Le père au volant avec femme et enfant derrière puis mouton devant? C’est ça notre culture!!! Alors essai d'expliquer que nous ne pouvons pas partager un WC sur le chantier!"

Puis il me dit:" nous venons de descendre des chameaux et vous nous demandez de monter dans des 4x4 tout de suite!" A la radio, le code du tramway passe tout le temps pour familiariser les gens avec, ils ont oublié qu’il est plus urgent de passer le code de la route ! Combien de fois je pense faire des schémas pour partager ce que je vois avec le reste du monde, combien de fois je revois dans ma tête les options d’une voiture pour intégrer camera et caméscope me permettant de tout filmer en conduisant, combien de fois j’ai pensé m’arrêter pour parler avec certaines personnes sur mon chemin juste pour comprendre ce qui se passe dans leur tête au moment du délit !

Discussion après discussion, je ne peux m'empêcher de me demander que dans un projet où femmes et hommes ne mangent pas ensemble pendant le lunch break, dans un pays où certaines exigences, normes et qualités sont des options, peut-on les obliger à suivre nos réformes à l'européennes?